27 mai 2007

Metres de Solidarite dans la Haute vallee de la Seti: melee de sentiments puissants

Je n’ai certainement pas effectue la totalite des 30 000 Metres de Solidarite, ces metres de denivele positif cumules transformes en soutien financier a APC. Une mechante diarrhea qui s’est averee etre une infection bacterienne m’a constraint a abandoner les 10 derniers jours du programme qui devaient nous amener au camp de base de l’Api (qui culmine a 7 108m) puis a la ville de Darchula.

Mais j’ai randonne 3 semaines dans la Haute vallee de la Seti, dans le Far West, au fin fond du Nepal, dans le district de Bajhang. J’ai passé 2 semaines en totale autonomie entre 3 000m et 5 400m avec Dok, mon ami nepalais, 2 porteurs et un local pour nous guider. Nous avons attaint le col d’Urai Lekh a 5 400m, a la frontiere tibetaine. Nous avons eu l’opportunite de passer dans des milieux naturels sauvages, vierges, de vivre quelques temps dans un environnement splendide, dur, tres dur mais finalement genereux.

Nous avons donc reussi une sorte de reconnaissance dans une vallee oubliee, inconnue de la plupart des nepalais eux memes. Nous avons reussi a organiser et realiser un trek la ou il n’y a pas de trekkeurs, pas de lodges, pas de villages pendant 15 jours et surtout aucune information fiable. Les seuls etrangers a etre passes ici sont les members des rares expeditions qui tentent l’ascension du Saipal, un 7 000m. Et encore, leur itineraire d’approche les fait beaucoup moins remonter au nord et beucoup moins enfoncer dans la nature saubage. Avant la "guerre du people" maoiste, il y avait tres peu d’expeditions, depuis une seule qui a tragiquement echoue l’an dernier.

Lorsqu’il y a tant de diversite et de puissance dans les challenges, les inconnues et les difficultes, il est convenu d’appeler ca de l’elegance. C’est pour ca que je dirai de cette partie oubliee du globe qu’elle est elegamment eprouvante et simplement sublime.

La dessus cette "expedition – trek" reflete directement ce qu’est la solidarite en action : un chemin loin d’etre denue de difficultes, embuches et deconvenues mais qui donne tant d’emotions fortes et d’enrichissement.

Je suis donc decu et satisfait, heureux et triste, frustre et comble, apaise et remue, extenue et renforce. Les images et sentiments forment un amas don’t il est delicat de discerner ou les uns commencent et ou les autres finissent. Dans une melle au rugby, qu’elle soit "ordonnee" par l’arbitre ou qu’elle soit "spontanee", il y a pour un oeil un peu averti des regles, ou tout du moins des reperes, un sens. Il est possible de savoir a peu pres ou le ballon va sortir. Je ne pretends pas etre un connoisseur averti des montagnes etr hautes montagnes mais je ne suis quand meme pas le premier pelerine venu. Neanmoins dans mon cas la melee de spectacles, d’apreuves, de joies et de deceptions, de doutes et de tensions, de calme et de beautes est un joyeux bordel pour l’instant ininterpretable.

Tout ce que je sens, au milieu ou plutot quelque part dans tous ces enchevetrements et efforts, c’est que je n’ai jamais ete aussi heureux, fort et serein que lors du jour qui a suivi notre ascension jusqu’au col. Avec l’accumulation des experiences depuis maintenant plus de 6 mois, la nature, les homes, ces montagnes ont pu m’entrainer dans mes tenebres les obscures, elles m’ont vide, detendu, apaise.

Dans cette melee, l’amertume, la frustration de devoir renoncer au lendemain de mon anniversaire (le jour meme j’avais tenu a repousser l’abandon) sont largement compensees par la fecondite des decouvertes et moments passes la-haut. Jen e m’etais jamais senti aussi fort, empli d’une force instinctive, sure d’elle et humble. De cette melee et de cette vallee emergent donc des rocs de bonheur et quelques flots de fierte.

Avant de continuer je tiens a remercier chaleureusement tous ceux qui ont soutenu mon expedition et a travers elle les enfants des rues. Un gigantesque merci a celles et ceux qui ont mis un peu de solidarite en action par les Metres de Solidarite.

Je suis bien sur retourne a Biya plusieurs fois. L’accueil des enfants et la teneur des nouvelles m’ont fait chaud au coeur. Le billet "Dernieres nouvelles et a tres bientot" vous permet de savoir quels sont les changements survenus a Biya ces derniers temps et quelles sont ces bonnes nouvelles.

Afin de vous donner un apercu de ce periple avec le plus de clarete possible, je vous propose de demeler les faits et sensations a partir des explications concernant nos conditions de marche et de vie. Je presenterai succintement pour chaque partie de l’expedition les milieux naturels traverses et la cultures des habitants, les Bahun Chhetri.

Voici les differentes parties du trek qui correspondent aux albums photos:

De Chainpur (1 500m) a Dhuli (3 000m)

De Dhuli au dernier camp a Saipal (4 800m)

L’’ascension au col Urai (5 400m)

Du retour de Dhuli a Chainpur par le "Chemin des cretes"

De l’ironie des 25 ans ou le renoncement

De Katmandou a Chainpur, 9 avril – 14 avril

La journee de voyage entre Katmandou et Dadeldhura nous a fait traverser la plaine du Terai d’est en ouest jusqu’a Attaria ou nous avons oblique vers le nord et la chained u Mahabharat. Normalement, une autre journee de bus est necessaire pour rallier le bout de l’execrable piste a Tamal, qui est situe a 3h de Chainpur, la prefecture du district.

Seulement, nous ne savions pas que le Nouvel An nepalais (13-14 avril) engendrait de tels flux migratoires dans cette region. En effet, les tres nombreuses personnes qui travaillent en Inde ou dans la plaine reviennent dans leur village pour cette occasion charges de bagages et y restent quelques temps pour aider aux travaux des moissons. Ce qui a signifie pour nous l’impossibilite de trouver 2 places dans un bus et encore de la place pour nos 90 kg de bagages. Au bout du 6eme bus plein a ras-bord, nous avons donc logiquement decide d’aller prendre le bus a la source, c’est a dire de redescendre dans le Terai jusqu a Mahandranagar (a la frontiere occidentale) puis emprunter une 3 fois la route menant a Dadeldhura.

De la, le vieux bus surcharge (plus d’1,50m de bagages sur le toit) a mis pres de 36h pour rallier Tamal le 13 avril a 23h. Heureusement, la beaute des collines, forets et valles traverses permettaient de render un peu moins penible ce troncon infernal. Le lendemain nous avons rejoint Chainpur, dans un etat assez lamentable pour moi, tant les secousses, la chaleur, le manque d’eau et des dhal-bhat degeulasses m’avaient tout retourne. Nous avons donc pris 3 jours de repos total avant de debuter le trek, temps mis a profit pour tres difficilement trouver des porteurs (3 jusqu a Dhuli puis 2) et se mettre a la chasse aux infos.

De Chainpur a Dhuli, 18 avril – 22 avril

Toute la remontee de la Haute vallee de la Seti et pour commencer les 5 jours de marche jusqu’au dernier village de Dhuli nous ont plonge l’exceptionnelle diversite des paysages, de la vegetation et de la faune ainsi que dans la culture des ses habitants, les Bahun Chhetri. Ces 2 groupes sont le pivot de la culture et l’ethnie dominante du Nepal, mais il n’y a que dans la Seti quils sont majoritaires dans les montagnes. Contrairement a ce que laisse penser leurs statuts de castes les plus elevees, les Bahun et Chhetri y ont tous a travailler la terre.

Grace a ces hommes dont la dignite n’a d’egale que la beaute de leurs femmes, nous avons toujours trouver facilement et tranquillement gite et nourriture. Dans les conditions de vie locale, les dhal-bhat pauvres en lentilles et legumes avaient du mal a nous rassasier après des journees de 6h de marche parmi des series de montee-descente et de contournements de flancs.

Le mode de vie de la population base sur l’agriculture et l’elevage cree dans cette vallee si changeante de veritables feux d’artifices de courbes et de couleurs. Au fil des villages et hameaux sans ages, nous avons pu en plus nous delecter du spectacle des moissons et admirer ces gens pour les durs labeurs qu’ils accomplissent.

De Dhuli au dernier camp "Saipal" (4 800m), 24 avril – 27 avril

Coulant entre le Nampa (6 754m) et le Saipal (7 025m), la vallee se retrecit, deviant de plus en plus abrupte, sauvage, et il faut la remonter en totale autonomie. Comme nous etions dans la zone avant les chercheurs de yarsa gumba (insecte souterrain recherche pour ses qualities en medicine chinoise – energie sexuelle notamment – et donc pour son prix hors norme – environ 1 500 euros le kilo dans la region de cueillette et plus de 7 000 sur les marches illegaux approvisionnants Hong Kong, Singapour, le Japon etc) et avant les caravanes de yaks et de commercants tibetaines et nepalaises, nous avons du employer les services d’un habitant de Dhuli pour nous guider et faire de nous les 1ers a atteindre le col cette annee.

Les cimes enneigees des Bakhya Lekh et de tant d’autres se font toujours plus fascinantes. Apres le campement de Daoura puis celui de Dahachaur, la Seti coule au fond de gorges tres encaissees et elle y etait presque totalement recouverte d’une couche de neige glacee. Le sentier emprunte cette couche puis s’eleve sur une pente vertigineuse et evolue parmi les neves, roches mouillees ou gelees, boue et prairies. L’ensemble provoque des montees d’adrenaline et ne laisse aucune possibilite de moindre faux-pas.

L’ascension au col d’Urai a la frontiere tibetaine, 27 avril [retour a Dhuli le 29 avril]

Lorsque nous sommes arrives a proximite du dernier lieu de campement appele Saipal, nous avons ete accueilli par la neige. Nous l’avions rencontree a 2 reprises mais pour de courtes averses. Cette fois ci, les chutes durerent quelques heures, nous empechant de faire quoi que ce soit a manger et nous obligeant a reflechir aux differents scenarios possibles. Heureusement, elles cesserent dans la nuit.

Le lendemain matin a 5h30, nous decouvrons les Biyas Rikhi Himal, les Guras Himal, le massif du Saipal et tant d’autres qui ponctuent le paysage de leurs silhouettes grandioses. L’univers des Himalayas nous envahit, nous emplit de sa fantatstique puissance et nous illumine de sa magnifique purete.

Tout au long de la journee restante pour atteindre et revenir du col, la magie de la nature offre des panoramas splendides et decline genereusement les formes les plus douces et les plus acerees dans une debauche de glaciers, domes, seracs, falaises, pics, aiguilles, arêtes, corniches et eperons. Ces effroyables beautes nous enivrent de bonheur en meme temps que d’humilite. Pensees pour les enfants et tous ceux que j’aime.

Le retour de Dhuli a Chainpur par le Chemin des cretes, 2 mai – 4 mai

Dans notre programme initial nous voulions rejoindre l’itineraire menant au camp de base de l’Api en traversant la chaine de montagnes nous separant de lui. Nous souhaitions pour aller a l’est puis remonter vers le nord emprunter le col de Patharasi a 4 900m. Des l’arrivee a Dhuli, nous avions du abandoner cette idée tant les locaux nous decrivaient ce passage comme etant peu connu et dangereux a cette époque de l’annee.

L’ancien de la famille chez qui nous logions a Dhuli nous avait parle d’un autre col, plus au sud, plus praticable et necessitant moins de jours d’autonomie. Pourtant, nous devions une nouvelle fois abandonner notre idée. En effet, les paroles de l’ancien n’avaient pas evoquer le fait que ce col n’etait plus pratique depuis de nombreuses annees et que notre itineraire jusqu’a la frontiere etait une franche partie de rigolade par rapport a celui-ci.

C’est ainsi qu’en dernier lieu nous en sommes venu a redescendre a Chainpur. De la, il nous fallait prendre le bus quelques heures pour trouver le chemin menant a l’Api. Afin de faire de cette descente imprevue le meilleur moment possible, nous decidions de ne pas reprendre le meme cheminb qu’a l’aller. Nous avons donc emprunte le chemin Daoura comme l’appellent les locaux. Ce chemin prend un raccourci par rapport au chemin du fond de vallee et de celui des villages utilise a l’aller. Comme tout raccourci en montagne, ce chemin se doit de gravir une chaine avant de la descendre. C’est pourquoi je l’ai nomme "Chemin des cretes" : de Dhuli il monte brutalement pendant 5h pour passer parmi une trouee dans les cretes puis se faufiler parmi celles-ci pendant une journee et demie.

Pendant 3 journees de nouveau en autonomie nous avons donc pu admirer la vallee depuis son autre versant et nous delecter des vues sur les massifs himalayens precedemment traverses, avec le Saipal et l’Api en derniers cadeaux.

De l’ironie des 25 ans ou le renoncement, 6 mai – 11 mai

Apres 2 jours de repos dont 1 force par la necessite d’attendre du liquide envoye de Katmandou, nous sommes descendus a Tamal le 6 mai au soir. La diahrree s’etait deja saisie de moi. Je pensais pouvoir gerer a condition qu’elle ne depasse pas la demi-douzaine de "sortie" et ne fasse pas trop souffrir, ce qui etait deja alors loin d’etre le cas.

Le 7 au matin, nous avons pris le bus pendant 5h pour aller jusqu’au patelin deRupel. Puis une heure de marche nous a amene a Sainsur. Mon etat s’empirait et je commencais a comprendre quelle fin il allait falloir donner a cette histoire. Les souffrances qui m’attendaient auraient gache tout le plaisir de s’approcher de l’Api et de vivre encore quelques jours seuls dans la nature.

Mais ce jour la etait le jour de mes 25 ans. Donc pas question d’abandonner et de peut etre laisser passer la lueur d’espoir qui me restait. En me blindant de medicaments, j’arrivais a profiter de la joie d’etre la et de m’amuser des faceties du destin. Et surtout de deguster les poissons tout juste sortis de la Kalanga, mon saucisson et ma bouteille de Bordeaux ainsi que la mousse au chocolat et la crème vanille aux framboises (que j’avais portes depuis le debut). De toute facon rien ne passait alors pourquoi se priver…

Le 8 mai se leva en m’enlevant definitivement tout espoir d’amelioration suffisante. Le lendemain nous allions donc rejoinder la piste et nous diriger vers Dadeldhura que nous atteigniions a la tombee de la nuit. Encore une demi journee de bus pour descendre dans le Teraui et arriver a Danghadhi ou pour ne pas exacerber ma faiblesse nous avons decide de prendre l’avion pour revenir a Katmandou.

Ce que j’ai accompli constitue donc une sacree experience. Elle permet, au meme titre que mon experience avec les enfants des rues, d’envisager differentes suites pour la partager, illustrer et susciter un peu de solidarite. Dans ce sens, le livre sur les enfants et APC, les photos d’Alexia et les miennes, des "conferences documentaries photos" chercheront a collecter quelques fonds et a trouver de nouveaux parrains. A suivre.

Mes remerciements plein de reconnaissance a celles et ceux qui ont soutenu "Reve et Solidarite".

A tres vite.

Posté par bertrandmidol à 06:57 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Metres de Solidarite dans la Haute vallee de la

    Bravo

    Bravo et merci Bertrand, c'était passionnant.
    On attend maintenant avec impatience la sortie de ton "best seller" ; trêve de plaisanterie, ce bouquin serait une formidable conclusion à ton aventure ; je t'en réserve un.
    Françoise

    Posté par Françoise, 28 mai 2007 à 08:29 | | Répondre
  • Un grand bravo pour tout ce que tu as fait !!!
    Prends bien soin de ma soeur, bonne route à tous les deux...

    Posté par Heïdi, 13 juin 2007 à 16:55 | | Répondre
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