12 décembre 2006

Des jours sans et des jours pleins. A propos des progressions et de la violence

 

Biya, le

10/12/06

 

Des jours sans et des jours pleins. A propos des progressions et de la violence.

 

C’est comme ca, il faut s’y faire. Plus au Nepal qu’en France. Et encore plus a Biya que n’importe ou au Nepal. Il y a des jours avec et des jours sans. Sans rien qui marche, rien de rien.

Exemple. L’autre jour, la journee n’avait meme pas encore eu le temps de commencer que les desagrements s’empressaient de nous taquiner. 6h, Raju a semble-t-il decide d’envoyer des sms, et surtout de passer un coup de fil. Certes joviale cette discussion telephonique, mais bien matinale tout de meme. Bon, ok, visiblement la seule chose a faire est de se lever. Se debarbouiller le visage ? (pas a l’eau chaude, c’est un luxe au Nepal) Pas possible, pas de flotte. Raju ou Budha ont ferme le systeme de pompage qui eleve l’arrivee d’eau sur le toit ? Bah non, meme pas. Il n’y a plus d’eau dans la cuve, et plus du tout d’arrivee d’eau. Ca arrive frequemment ici. On fera donc avec l’eau de la «pompe- fontaine », cette pompe a eau inbuvable meme avec les pastilles purifiantes. (Pour info, l’eau « potable apres pastille » est revenue hier et repartie aujourd’hui)

On compte alors sur le dal-bhat pour se requinquer. Les taquineries se poursuivent : les cuiseurs ont touche a leur fin. Le temps d’aller en acheter d’autre, la cuisine a pris beaucoup de retard. Bon d’accord, on patiente.

Debut d’apres midi. Coup de fil sur le portable de Raju (manager). C’est l’atelier dans lequel Raju, Pradip et Akash sont en stage. Raju s’est blesse avec une machine, il faut l’emmener a l’hopital. Effectivement, la derniere phalange et l’ongle de son majeur de la main gauche ont ete presque arraches. Il s’en tire avec 5 points de suture, un pansement a changer tous les jours, des anti-inflammatoires et une grosse frayeur. Son stage reprendra plus tard...

Apres les formations, c’etait volley au programme. Contrairement a la semaine passee, la douzaine de participants ne veut pas faire d’exercices. En fait, elle veut pas faire grand chose, si ce n’est mettre des grands shoots dans la balle ou alors se la lancer les uns sur les autres. Et rien ne sert de crier, il faut calmer a point. Mon seul recours est mon adaptation car Raju est en demarches a l’exterieur, Shyam en formation en Inde et Budha les tient encore moins que moi. Alors vu qu’ils sont trop excites pour faire autre chose que se defouler, et bien le but va etre de faire des « passes »... le plus haut possible. Comme ca ils seront contents et faut bien qu’ils fassent le geste de la passe – c’est le plus efficace pour balancer la balle le plus fort et le plus haut. Ca tient la route 20 minutes et apres match. Ou « pseudo match ». J’ai bien compris qu’ils ne veulent pas et ne peuvent pas aujourd’hui faire autre chose que se chamailler, se marrer comme des baleines a la moindre pecadille, etc, alors j’accepte, cadre juste pour que cela ne derape pas et moi aussi fait le mariole avec la balle. Comme ca je me les mets dans la poche pour plus tard en les laissant epuiser leurs envies de faire n’importe quoi avec la balle pour que ca aille mieux demain. (Et ca ete beaucoup mieux).

En matiere de derapage, 1 ou 2h auparavant, il s’etait passe quelque chose de lourd, tres lourd. Les desagrements ne sont plus taquins ni meme insolents mais violents. J’etais en train de faire ma lessive a la pompe-fontaine avec quelques enfants, les formations allaient bientot se terminer et l’ecole a domicile des petits (voir plus bas) etait finie depuis quelques minutes. Kaila et le petit Sunil dit Moussa (« souris » en nepali) voulaient aller aux toilettes. Qui en premier ? Anodin comme question, non ? Pas pour eux. Ils se bousculent. Moussa, qui pourrait en depit de sa tete toute mimi et de sa bonne humeur indefectible aussi etre appele « langue de vipere », commence a user de qualificatifs peu elogieux a propos de la mere de Kaila. Kaila replique en frappant Moussa qui s’empresse de trouver un cable electrique et de fouetter Kaila qui se met a courir apres Moussa, a attraper une brique, de bloquer Moussa et de commencer a frapper sa tete a coups de briques. Heureusement, Gilles et Budha interviennent avant le 2eme ou 3eme coup. Kaila est comme possede, il profere des torrents de paroles qu’on a pas besoin de comprendre pour savoir qu’il s’agit d’insultes et de menaces. Gilles le bloque, lui met la main sur la bouche et le porte a l’exterieur. Apres plus de 15 minutes, il sera pret a donner (a peu pres) calmement sa version des faits, qui avec celle de Moussa donne le deroulement ici resume.

Kaila est veritablement ne dans la rue, il n’a connu qu’elle. Ainsi il a du faire la connaissance et devenir intime avec la violence de la survie, de l’exclusion la plus terrible qu’il soit, avec la sauvagerie du mepris le plus complet d’une societe entiere [voir Album « Des enfants toujours dans la rue »]. Je n’ai pas a en divulguer plus sur lui ni sur Moussa. Cela doit suffire pour comprendre ces impressionnantes doses de violence qu’ils ont ingurgite. Elle est toujours la, quelque part au fond d’eux, quelque part dans leurs chamailleries, dans leurs jeux de bagarres, dans leur allergie a toute autorite. Mais elle a ete tellement diminuee par les soins, l’attention, l’amour, les programmes d’APC. Elle est encore la, elle peut eclater dans de telles proportions mais meme celles-ci ne sont rien par rapport aux bagarres qu’ils avaient dans les rues.

Il est indispensable pour leur avenir de condamner ces comportements, de leur montrer qu’il y a d’autres facon de regler les conflits. Bien sur. Mais il est aussi incontournable de garder a l’esprit que la societe nepalaise est malheureusement mais eminemment violente. Dans son systeme de castes, dans sa pauvrete, sa misere, ses inegalites, ses injustices, son traitement des femmes, des enfants, des questions politiques, j’en passe et des meilleures.

Toujours est-il qu’hier, lors de la reunion hebdomadaire, le staff, par l’intermediaire de Raju puis Bhuwan, a trouve une bonne facon de soulever tout le poids de ce probleme de violence. Tres calmement, sans mises a l’index trop humiliantes, avec pertinence et fermete. Raju leur a pose la question de ce qui se passerait s’il y avait un mort. Silence total (rarissime). Il leur a repondu que Biya devrait alors fermer, qu’ils devraient retourner a la rue, que Herve, qui fait tout pour eux depuis si longtemps, aurait a faire avec la justice voir meme la prison, et que ce serait pareil pour eux. Bhuwan a pris le relais en disant qu’on comprenait et tolerait leur agressivite, leurs chamailleries. Mais qu’ils devaient se poser des questions sur la chance qui leur etait donnee. La chance d’etre heberge, nourri dans une association ou nul ne leve la main sur eux. La chance, contrairement a beaucoup de nepalais dont lui meme, d’avoir matin et soir des lentilles a mettre dans le riz, ainsi que des legumes a chaque fois differents. La chance de dormir seulement a 4 ou 5 par chambres alors que presque partout ailleurs au Nepal une dizaine de personnes au bas mot y dormirait. La chance d’avoir la tele avec autant de chaines, la chance d’avoir une formation a un metier, de pouvoir faire des sports. Il leur a dit que vu leur passe, leur situation, ils la meritaient cette chance mais qu’ils devaient aussi faire en sorte de la saisir, et au moins de ne pas la gacher.

 

Il y a egalement des jours avec. Ou des jours plein. Plus exactement plein de bonnes choses, car tous les jours sont plein.

Pour commencer, une institutrice a enfin ete trouvee et « l’ecole de Biya » a pu debuter lundi dernier [voir Album « Educations »]. Chez les petits, seul Raju (bah oui, y en 3 : le manager, le grand et celui-ci, le petit, grande gueule ultra-sensible) continue d’aller a l’ecole publique, car celle-ci n’est pas du tout adaptee aux difficultes et caracteres des autres, a savoir Nabin, Ajit, Himal et Kaila. Quant a Moussa, il aurait pu continuer d’y aller, mais il a peur de son professeur qui frappe souvent les eleves. Ainsi, cinq fois par semaine, de 11h a 15h, Ajit, Nabin, Moussa, Himal et Kaila suivent les cours de Mlle Laxmi Butwal. En presence de Raju, elle apprend progressivement a contenir ces enfants et a adapter les methodes d’apprentissages ultra-traditionnelles a leur esprit farouche. Ainsi, les pauses sont frequentes et les jeux sont utilises afin de construire une relation de confiance et de proximite. 

A partir de 9h30 – 10h (rappel : au Nepal les horaires sont aussi instables que la situation politique), ce sont les grands en formation qui peuvent suivre des cours. Le premier jour, les douze concernes etaient presents. Vendredi, ils n’etaient plus que huit, mais au moins ces huit sont volontaires et assidus, et pour eux la classe sera efficace. Quant aux autres, vu d’ou ils viennent, c’est deja un enorme succes qu’ils apprennent un metier.

 Les jeunes en stage sont reguliers dans leur presence, plus que dans leur respect des horaires. La menuiserie est satisfaite de Pradip et Raju mais trouve que Akash a encore des difficultes pour bien saisir ce qui lui est demande. Le magasin-atelier mecanique est lui tres content de Dinesh. Quant a Prabin, il etait alle en stage de sa propre initiative et Bhuwan l’a vite repris en formation. Celle-ci doit etre completee pendant une quinzaine de jours, puis il pourra tout comme Rabi aller cette fois-ci reellement en stage. Il est egalement question que Basanta les suivent un peu plus tard. En menuiserie, Sunil est presque pret a lui aussi aller travailler dans un « workshop ».

Comme les photos le prouvent [voir Album « Educations »], Bhuwan sait interesser les jeunes, les capter par de la pratique et leur donner les quelques bases theoriques. La formation menuiserie marche egalement bien en ce moment. Budha approfondit sa formation avec plaisir et devrait pouvoir maintenir le fonctionnement et l’utilite de l’atelier le temps qu’un professionnel puisse etre recrute. Sunil, Binod, Lalu et Bikram ont d’apres Gilles passe un cap dans leur progression. Le fait d’avoir termine les etablis les a emplis de fierte et permet des conditions de travail bien meilleures. De cette facon, Gilles peut leur donner des travaux precis, adaptes a leur niveau, ils peuvent travailler tranquillement et Gilles peut facilement suivre l’evolution de leur travail. [Pour des infos plus precises sur la formation menuiserie – et pour un point de vue complementaire sur Biya, rendez-vous sur le blog de Gilles http://apcbiya.blogspot.com].

Un autre evenement a prouve l’attachement profond ou formel des jeunes a leur formation. En effet, comme trop souvent, certains sont arrives avec une dizaine de minutes de retard au commencement de la formation, le temps de fumer une cigarette qu’ils auraient pu prendre avant. Et comme pour certains l’argent de poche etait deja coupe en vertu de ces retards, Gilles et Bhuwan deciderent de marquer le coup autrement : prive de formation pour ce jour avec interdiction de rentrer dans Biya le temps de celle-ci. Et bien, ils ont reclame un bon moment de rentrer et faire la formation, puis apres s’etre rendu compte que leur insistance etait vaine, se sont bien ennuyes a l’exterieur. Malgre leur fanfaronnades, ils ont ete plus ou moins vexes et depuis ils sont a l’heure. Cela prouve donc qu’en depit de leur concentration et investissement pas toujours eleves ils apprecient suivre une formation ; que ce soit parce qu’ils sont reellement interesses au sujet, ou parce qu’ils apprecient faire des choses d’adultes, ou les deux a la fois.

 

 En sports egalement une progression generale se dessine a travers les pics et gouffres de concentration et de presences. Parfois, l’excitation atteint des extremites, leur turbulence structurelle devient ouragan passager. Dans ces cas la, mes objectifs sont de faire tenir certaines limites de base et de les faire se defouler le maximum. D’autres fois, je parviens a faire des activites sportives de veritables seances ou les jeunes voient l’interet et leurs capacites a suivre des regles et a se concentrer. Et etant donne qu’avec ces regles et cette concentration ils realisent forcement des gestes et actions meilleures que d’habitude, il est possible de les valoriser et on passe de bons moments.

Afin de particper a leur structuration, j’ai mis en fonctionnement un « programme hedbomadaire » des activites sportives. Pour rester dans le juste milieu entre trop de regles et pas assez, je sais que ce programme est en partie indicatif. Je propose volley deux jours d’affile puis football. La premiere seance est censee contenir 45 minutes d’exercices et 30 minutes de matches. La seconde 20 minutes d’exercices et 1h de matchs. Les jeunes doivent s’inscrire a au moins 2 de ces 4 seances sur le programme affiche dans la salle commune.

Chaque matin de 8h- 8h30 a 9h – 9h30, pendant que le dal-bhat cuit, je fais du foot avec eux dans la cour. C’est du 2 contre 2 sans gardien et avec une brique comme cage, brique a renverser pour marquer, et a chaque but l’equipe perdante sort. A ces moments la, on est plutot dans l’informel. Meme entre eux ils respectent certaines regles mais pour d’autres c’est n’importe quoi et surtout les plus grands se debrouillent pour jouer dans plusieurs doublettes ou avant leur tour, et ce au detriment des petits. En plus, avec les aller et venues a l’exterieur, cela devient vite la foire d’empoigne pour savoir a qui est le tour. Alors je profite de ces 2 contre 2 pour poser quelques cadres : si un jeune sort de Biya (c’est 9 fois sur 10 pour fumer), il ne peut pas reprendre le jeu. Chaque joueur ne peut avoir qu’une equipe et je suis le seul abilite a arbitrer. Cela se passe maintenanant tres bien. Pour dire, certaines fois je ne vois pas tout car je dois eviter les tros grosses querelles et autes chamailleries sur le bord. Et bien dans ces moments la, en cas de litige, je demande aux joueurs ce qui s’est reellement passe et ils me disent tout de suite la verite, ou alors tente de m’amadouer avec un tel sourire que cela equivaut a une reconnaissance du repect de l’esprit des regles.

Deux fois par semaine, je propose des marches matinales. On en fait dans les villages et la campagne alentours, aux jardins de Balaju et surtout au Swayambunath car c’est ce que prefere les enfants [voir Album « Marches matinales »]. De plus, avec Raju, on est en train de negocier avec l’armee pour avoir un passe a l’annee pour la reserve de Nagarjung. En effet, nous sommes au pied de cette « colline » de 2100m et de la foret qui la recouvre. Agrementee de nombreux camps militaires, cette reserve reste tout de meme un tres bon endroit pour se balader au calme, dans la nature et pour diversifier un peu les destinations des marches matinales.

Dans 15 jours ou 3 semaines, je remplacerai le volley par le rugby car je me sens presque capable de leur faire pratiquer ce sport de combat, en sachant qu’ils ont d’importantes differences de gabarit et de non-negligeables disposition a se battre. Je ferai de l’initiation, amenerai progressivement les contacts et devrai pouvoir faire avec un groupe de jeunes vraiment interesses. Nous verrons en temps et en heure.

Le football reste, et de tres loin, leur activite favorite. Je m’adapte. Et nous avons trouve un moyen de tirer le meilleur de cet interet. En effet, Herve m’a parle d’une association qui organisait des entrainements et tournois pour enfants en difficulte, le « Garuda Club ». J’ai donc pris contact avec son president et l’ai rencontre. Leur but est de proposer a ces jeunes une insertion socioeconomique en devenant footballeur professionnel. Aujourd’hui, trois joueurs de 1ere division et 5 de 2eme division sont issus de ce club dont l’equipe senior joue en 3eme division.

Pour nous, les objectifs different. Il s’agit de stimuler la resocialisation de nos enfants en les faisant se melanger a d’autres enfants, en leur faisant suivre le cadre et les consignes d’entrainements longs de 2h. La participation a ce club et peut etre au tournoi de fevrier est en quelque sorte une etape, un des sas intermediaires vers l’insertion dans la societe dans son ensemble. Un autre type d’objectif concerne la dimension physique : les amener a prendre conscience de la necessite de prendre soin de leur corps. Pour eux, courir pendant 2h, c’est dur. Alors cela peut favoriser une transition vers une meilleure hygiene de vie, moins de cigarettes et de majijuana, et s’eloigner definitivement de la colle. De plus, ces entrainements du samedi et dimanche comporte d’autres avantages. Avec les tenues que nous leur avons achete et confectionne a partir des maillots apportes de France [voir Album « Garuda Club »], nos jeunes sont tout fiers et tout heureux. Ainsi, cela participe a la revalorisation de leur estime et a leur attachement aux differents programmes d’APC. Ce dernier point est pour nous le but fondamental en ce qui concerne les plus petits, pour l’instant Nabin, Ajit et Bikram et bientot Himal, Binod « Vador » voir Kaila. Encore plus que pour Sunil, Rabi, Ramesh, Lalu et Binod qui sont plus grands et plus anciens dans Biya, la participation a Garuda est pour ces petits qui sont arrives il y a peu a Biya une bonne maniere de les faire apprecier ce foyer et de leur donner l’envie d’y rester et d’y progresser.

Alors, le samedi et dimanche, je leve ces 5 (la semaine derniere) puis 8 jeunes (hier et aujourd’hui) a 5h30. Nous prenons un petit dejeuner sur la route, 2 « malpa » (sorte de beignets), 1 oeuf, 1 banane, 1 orange et 1 the. Puis nous prenons un micro-bus jusqu’a Kalinki a l’ouest de Kathmandou (nous sommes au nord- nord ouest) et marchons 10 minutes pour atteindre le terrain (un vrai terrain, avec de l’herbe et tout, si si je vous jure !) prete par l’ecole Lincoln, ecole americaine comme l’indique son nom. De 7h a 9h, l’entrainement se deroule sous les ordres d’un coach, Pushpa Magar, qui semble beaucoup apprecier les enfants, et parfois avec le concours de ces joueurs devenus professionnels.

Desormais presque tous les enfants veulent y aller. En accord avec Herve, nous allons suivre leur desir en achetant chaussures, chaussettes et short, et en faisant raccourcir d’autres maillots apportes de France. Mais s’ils ne sont pas reguliers, leur equipement sera repris, servira pour un autre et ils ne feront pas parti de l’equipe qui participera au tournoi, si tout se passe bien d’ici la... Cette equipe comprendra egalement des jeunes du foyer de Balkendra qui viennent le samedi, accompagne par Bikesh. Quant a moi, je vais utiliser la « mise en scene » de l’entrainement (mise en tenue, footing, etirements, etc) et m’inspirer des exercices observes pour rendre plus attractifs et constructifs mes propres seances. A ce propos, les jeunes se sont plaints lors de la reunion de samedi de ne pouvoir s’entrainer au foot que 2 fois par semaine. Calmement mais fermement, je leur ai juste rappele que je propose depuis 15 jours 2 seances et que c’est eux qui pendant ces seances ne veulent pas courir pour s’echauffer ni faire des exercices. Je leur ai donc dit qu’ils etaient un peu gonfles – par exemple Ramesh s’est beaucoup plaint alors que cette semaine j’ai du beaucoup le pousser fortement pour qu’il participe aux seances de foot dans lesquelles il n’a pas voulu faire d’exercices... Je leur ai demande si on etait bien d’accord, s’ils voulaient vraiment faire ces veritables entrainements et leur ai signifie que dans ce cas il fallait etre regulier et concentre. A l’unanimite oui. J’en suis tres heureux. A suivre.

 

 Comme vous pouvez le voir, nos jeunes sont assez performants pour demander, reclamer. Etant donne qu’ils n’ont rien eu aussi bien materiellement qu’affectivement pendant si longtemps, cela est facilement comprehensible et le plus souvent legitime. Il est de ce fait necessaire de repondre aux demandes pour leur prouver l’affection et la confiance auxquelles ils ont droit. Dans le meme temps, ces reponses doivent comporter le cadrage, la structuration, la socialisation indispensables a leur eduaction tant ils sont refractaires a toute contrainte.

Il faut donc naviguer constamment entre le « pas assez de regles » qui n’est pas constructif pour eux et le « trop de regles » qui les fait fuir.  Et pour ce genre de navigation en haute mer educative, de randonnee sociale, j’ai besoin de ravitaillements.

Mes conditions de vie sont bonnes par rapport a la plus grande partie des nepalais, mais bien differentes de nos habitudes francaises, et plus austeres. C’est un plaisir de vivre au plus proche de la vie a la nepalaise (de Kathmandou) [voir Album « Extraits de vie nepalaise »], toute proportion gardee bien sur. Ces changements accompagnent et nourrissent mes experiences educatives, humaines et culturelles. Cependant, ayant besoin de beaucoup d’energie, j’utilise au mieux mon budget de 4 euros par jour. J’ai meme reduit a 3 pour en avoir un poil plus pour pouvoir faire les treks et honorer tous les Metres de Solidarite. Ce budget mensuel de 7500 roupies nepalaises est largement au dessus de plus de la moitie des nepalais qui a des difficultes a se procurer ne serait-ce qu’un repas par jour. Il ne me permet en tout cas pas de vivre comme un touriste-nabab, loin de la. Toujours est-il que je fais en sorte de manger beaucoup de fruits (par rapport au niveau de vie ils sont chers, pour un touriste c’est rien : a peu pres 25 centimes d’euros le kilo de mandarines, le meme prix pour la douzaine de bananes). Aussi, je complete les repas de Biya par un oeuf tous les deux ou trois jours et surtout par une ou deux dizaines de « momo », ces grosses ravioles garnies de legumes ou de viande. J’ai trouve une echoppe ou ils sont succulents pas tres loin et ou je commence a etre un habitue.

J’ai aussi besoin d’air, de calme. Le lundi est desormais mon jour de repos. J’en ai profite pour aller dans cette reserve de Nagarjung [voir Album « Sorties personnelles »] et aussi dans d’autres villages agricoles de la campagne et ses collines au nord de Kathmandou. Pour la reserve, j’ai eu la chance de pouvoir y rentrer seul. En effet, des camps militaires y sont installes etant donne la valeur strategique de cette reserve, et comme toute reserve, les acces sont limites. Le soldat m’a d’abord refuse l’acces, m’expliquant les dangers de la jungle et me rappelant l’episode de la francaise qui s’y est faite assassinee. Je lui reponds approximativement en nepali que je suis un homme (je sais, c’est pas joli joli de profiter du machisme d’une societe), que je connais bien les collines et forets, que je suis benevole, que je vis a cote, que c’est mon seul jour de conge et que bien entendu mes amis ont les leur le samedi (l’equivalent du dimanche). Il decide d’appeler la hierarchie. Attente. Puis : « Vous etes tres chanceux ». Parfait, je m’oxygene dans cette foret, sur ce chemin bien raide au debut qui m’amenera au sommet ou trone le temple bouddhiste de Jamacho. Les massifs des Annapurnas, du Ganesh Himal et du Langtang me ravivent de toute leur serenite et de toute leur force.

 Je cherche donc et parviens pas trop mal a avoir la force et la lucidite suffisantes pour trouver le meilleur chemin a travers ses hauts et ses bas. Pour voyager sur ce chemin, pour apporter detente, affection, confiance, concentration et socialisation. Pour accepter les difficultes sans renoncer a les surpasser. Pour arreter de toujours vouloir etre plus utile, plus efficace. Desapprendre a constamment se juger, a sans arret compter, mesurer ses performances.

La demarche compte plus que l’efficacite immediate, le cheminement depasse la productivite concrete, l’adaptation domine la performance. Etre calme, simple, detendu, humble, patient. Etre sensible, capable de voir et savourer la vie dans ses bourrasques comme dans ses brins d’air, dans ses cimes comme dans ses vallees. 

Posté par bertrandmidol à 06:35 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Des jours sans et des jours pleins. A propos des progressions et de la violence

    Merci

    Merci des tes articles

    Posté par Marie-Cecile, 12 décembre 2006 à 23:17 | | Répondre
  • merci

    Bonjour Bertrand,

    Je suis le premier enseignant en menuiserie, maintenant de retour à Montréal. Je lis ton blog avec beaucoup d'intérêt. Merci de nous donner autant de nouvelles des jeunes de Biya, j'apprécie beaucoup.
    Je dois dire que mon côté paternel n'est pas trop pressé de les voir pratiquer le ruggby. Malgré tout le bien qu'on peut dire de ce sport, les blessures y sont tout de même assez fréquentes, les gamins fougueux et le système médical...
    J'ai lu avec tristesse que big Raju s'était coupé un bout de doigt. C'est un jeune homme courageux, plein de belles qualités et qui revient de bien loin...Il est aussi très sensible malgré les apparences, j'espère que cet accident ne va pas trop l'affecter. Tu l'encourageras de la part de David sir, je pense bien à lui et à tous les autres.

    amicalement

    David

    Posté par David, 16 décembre 2006 à 15:07 | | Répondre
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