24 novembre 2006

Journee type, sports, etc.

Le 16/11

Ici a Biya, je commence a prendre mes marques, a comprendre de plus en plus les enfants, notamment leur farouche independance et leur touchante fragilite derriere leur gentillesse et sourires. Ainsi, je saisis tous les jours un peu mieux comment faire ma place, comment apporter ma pierre a la construction de leur autonomie sociale et economique ; construction si longue et a l’architecture si complexe. J’ai mes moments d’enthousiasme, de doutes, de dynamisme, de fatigue. En effet, partager sa vie avec ces enfants est loin d’etre de tout repos, surtout lorsque l’on commence un jour sur deux a 6h30 par de la marche, que les enfants reclament sans arret (jamais en meme temps, ce serait trop facile) de jouer ou en tout cas de l’attention, etc. Et pour le reste je vais vous laisser decouvrir une journee type, comment peuvent se derouler les activites sportives, des passages difficiles pour ces enfants et notre 1ere marche matinale au Swayambunath, le « temple des singes ».

Les enfants aussi ont leur hauts et bas. Et comme Raju est cette semaine a Calcutta pour une formation, il y a plus de responsabilites et d’initiatives a prendre aux cotes de Shyam et Buddha.

Avant toute chose, toute l’equipe d’APC et tous les enfants remercient infiniment toutes les personnes qui ont gentiment tricotes bonnets et echarpes. Les nuits sont fraiches, les matinees et soirees egalement. Les enfants apprecient, et lors de la prochaine mise a jour, vous verrez que pour se promener le matin dans le village de Balaju et ses cultures, les enfants ne les avaient pas oublies... Pour cette fois, regardez l’album « Bonnets, echarpes : presentation des enfants ». Dans l’ordre :

Raju : le plus grand, actuellement en stage dans un atelier de menuiserie

Binod : suit la formation mecanique. A un peu la voix de « Dark Vador » car ses cordes vocales n’ont pas beaucoup apprecie les drogues...

Nobin : trop jeune et illetre pour suivre quelconque formation, il va depuis 4 jours a l’ecole le temps de trouver une institutrice qui viendra au foyer

Akash : en formation mecanique. Au foot, il a une frappe de boeuf...

Robi : en formation mecanique. Tres interesse par le sport.

Sunill : en formation menuiserie. Petri de capacites, en sports comme partout.

Himal : arrive depuis 3 jours a Biya. C’est lui le « gymnaste fou » (voir l’album Sports). L’arrivee d’une institutrice lui fera beaucoup de bien, car pour l’instant il n’a tenu qu’une journee a l’ecole.

Prakash : en formation mecanique. Comme tous, sa route est encore longue mais il en a deja parcouru beaucoup tant il etait un consommateur acharne de colle.

Basanta : en formation mecanique. Comme Prakash, sauf que lui n’est pas mou mais « fou-fou »

Vikram : en formation menuiserie. Toujours souriant et blagueur, tres malin mais aussi un peu flemmard et encore attire par la colle.

Ajit : lui aussi est arrive il y a 3 jours a Biya, va a l’ecole. Comme Nobin, a un besoin extreme d’etre rassure et qu’on s’occupe de lui.

Sunhill : le plus petit, le plus drole et pas le moins chamailleur...

Ramesh : en formation mecanique. Il degage autant de gentillesse qu’il necessite de patience.

Probin : en formation mecanique. S’implique beaucoup dans les sports.

Pradip : en stage dans le meme atelier de menuiserie que Raju

Raju : va a l’ecole et s’y investit. Derriere sa « grande gueule », un gamin a fleur de peau

Lalu : en formation menuiserie. Aussi discret que malin.

Dinesh : en formation mecanique ou il est un des plus avances.

Kaila : va a l’ecole et lui aussi a plus besoin de cours au foyer.

Binod : en formation menuiserie. Sur courant alternatif sauf en ce qui concerne les moqueries (rarement mechantes)

Il ne manque que Bishnu, en formation mecanique, un des plus timides mais extremement respecte de tous car il est le seul a ne consommer aucune drogue (ni colle, ni alcool, ni haschich, ni cigarette). Traverser les epreuves de la rue sans tomber dans une dependance, c’est aussi rare qu’admirable.

Maintenant que ces courtes presentations sont faites, voyons comment se passe une journee type a Biya. Si l’on peut se permettre de parler de journee « type »... On est au Nepal, rien n’est acquis ni pleinement rigoureux... On travaille avec des enfants qui ne sont pas encore bien stables ni prets a remettre en cause leur valeur supreme, la liberte totale... Mais globalement, il y a une structure qui est respectee et qui - dans le cadre d’un foyer ou vivent 24/24 tous ces enfants – est deja une marche importante vers l’objectif du programme. Et comme je l’ai dit dans le 1er billet, beaucoup de foyers specialises francais aimeraient que ca se passe aussi bien chez eux...

Les enfants se levent entre 6h30 et 7h, pour moitie tous seuls et pour les autres reveilles par Raju, Shyam ou Buddha (quant a moi, je commence a m’occuper du coucher maintenant que je suis « connu » et pas trop mal respecte). Certains sont meme debouts avant, ce qui pour moi est un symptome de leur anxiete latente. A partir de 7h-7h30, le the est prepare par la cuisiniere Didi aidee d’enfants. Entre 7h30 et 8h, on boit donc ce the nepalais : lait, the, massala et sucre.

A ce moment la, pendant que la cuisiniere prepare le petit dejeuner (le dal-bhat, riz a la soupe de lentilles avec une petite preparation de legumes), les enfants vaquent a differentes occupations : se laver a la pompe a eau, jouer aux cartes ou a un pseudo-jeu de l’oie, etc. C’est donc dans ce 1er creneau horaire que je me propose pour jouer au volley ou au foot. Entre 8h-8h30 et 10h (le debut des formations), il s’agit uniquement et simplement de jouer avec ceux qui veulent, tranquillement et librement. Le but est qu’ils s’amusent sans trop se depenser et que l’on partage du temps comme des rires ; choses indispensables pour nouer une relation depassant le simple cadre du sport, une relation de confiance permettant d’etre pleinement ecoute dans ses conseils educatifs.

Entre 9h et 9h30, le dal-bhat est pret et tout le monde mange dans le batiment cuisine. Sur les photos, je mange dehors car souvent a partir de 9h je vais faire des courses ou au cyber cafe car la connexion est (un peu) plus rapide et fiable a cette heure la. Donc j’en reviens entre 10h et 11h et « deguste » mon dal-bhat a ce moment la. Pour l’organsiation des repas et l’attention portee au partage, je reviendrai dessus en parlant du diner.

A partir de 10h debutent la formation menuiserie, menee par Gilles seconde par Manu, et celle mecanique dirigee par Buwan. Gilles a partage ses 7 apprentis en 2 groupes, debutants et avances. Ainsi, il peut avec Manu enseigner des techniques et donner des travaux adaptes a chacun. Raju et Buddha sont la pour assurer la traduction. Depuis que Raju et Pradip sont en stage dans un atelier (depuis que je suis arrive en gros), le travail effectue par les enfants est de nouveau de qualite. En effet, Gilles m’a explique que Raju et Pradip etaient trop avances pour les travaux en cours (bancs, meubles a chaussures,etc.) mais qu’ils n’avaient pas le niveau en math et geometrie pour attaquer des travaux plus fins. Ils se demotivaient donc, et entrainaient les plus jeunes dans l’absence de concentration et travail. De nouveau donc, les enfants apprennent, travaillent et progressent, chacun a son rythme.

Du cote de la mecanique, Buwan s’habitue aux enfants pour proposer des cours suffisament pratiques pour les interesser. Il fait preuve de beaucoup d’ingeniosite pour que les apprentissages theoriques (retenir les noms, donc se mettre devant un tableau et ecrire...) n’en paraissent pas en les integrant aux manipulations et en responsabilisant les plus avances. Cela ne marche pas toujours encore parfaitement, mais il faut toujours avoir a l’esprit que ces enfants sont devenus « accro » a l’absence de contraintes et que de reussir a les faire suivre cette formation, a les y faire apprendre est deja un grand succes.

A la fin des formations entrecoupees de pauses, il est entre 14h et 14h30. Parfois les mecaniciens finissent plus tard car entre temps Buwan a du aller chercher tel ou tel outil. Dans ces pauses parfois bien longues, on a pu tracer un terrain de volley-badminton et installer des poteaux amovibles. Ainsi, les conditions de jeu sont desormais bonnes. A la fin des formations donc, les enfants sortent un peu du foyer pour certains (et oui, l’appel de la clope), d’autres jouent aux cartes ou autres. C’est souvent le moment de commencer a preparer ce que j’appelle le « casse croute », c’est a dire les nouilles chinoises. Tandis que les legumes du dal-bhat ne sont pas trop epices ou alors seulement une partie d’entre eux – les enfants, comme moi parfois, croquent tout de meme dans des piments – , ces nouilles le sont beaucoup plus.

C’est alors, vers 15h, que je lance la seance de sport du jour. Les 1ers jours, c’etaient selon le desirata des enfants, desormais c’est 2 jours de suite foot puis 2 jours volley. De cette facon, j’evite que ces activites ne soient qu’uniquement recreatives, ebauche une esquisse d’encadrement et donne les moyens de faire progresser les enfants ; la progression empechant l’ennui et impliquant le plaisir. Selon les jours, entre 10 et 15 enfants viennent au foot. La, les progres dans le comportement et la pratique sont encourageants. Avant d’aller au terrain, je fais faire 15 a 20 mn d’exercices qui ne doivent surtout pas l’air d’en etre. Je previens que l’on doit s’entrainer au « controle » et a la « passe », puis donne les regles du jeu, par exemple 2 equipes de 5, chacune dans une partie du terrain de volley, qui doivent se faire le plus de passes possibles (avec un seul controle) en 30 secondes, en sachant que le ballon ne doit pas sortir des limites de leur partie. Aide par Raju et Buddha, ca me permet de les habituer a se concentrer et faire des efforts de maniere ludique. Et surtout ce sont des sequences tres courtes, tres dynamiques, avec lesquelles j’evite que certains d’entre eux restent plus de 3 mn sans rien faire et avec lesquelles je m’adapte a leur impatience. Puis, je rassemble les participants, leur donne les regles et « sanctions prevues », choses qu’ils commencent a connaitre. Et je donne « l’objectif » (c’est un bien grand mot) sportif : faire plus de passes, mieux utiliser les espaces libres,...

Selon le nombre de participants, nous allons sur le grand terrain en terre, non, poussiere battue, ou sur un autre, plus bas, plus petit mais moins poussiereux (voir album Sports). Toujours selon le nombre, et aussi le niveau d’implication, je fais plus ou moins d’interventions techniques. En effet, il est impossible pour l’instant pour ces enfants de s’impliquer reellement dans ces activites tous les jours, ce qui est bien normal. J’apprends donc toujours plus la patience et l’humilite.

En ce qui concerne le volley, c’est beaucoup plus souple car les enfants me suivent moins aisement. Je sors le ballon (y en deja un qui est mort) et commence a jouer. Suivant la volonte des 1ers arrivants, on fais des passes ou un match. Le but est de creer une dynamique qui fasse envie aux autres qui jouent aux billes ou autres, reviennent de l’exterieur, etc. En effet, ca a tendance a pas mal aller et venir : parfois les essais mecaniques, un pote qui refait ses claquettes, d’autres qui ont besoin d’un quatrieme pour jouer aux cartes, etc. Alors quand seulement 3 ou 4 jouent avec moi, on s’entraine a faire des passes, chose indispensable pour faire des matchs qui ressemblent a quelque chose et ou les participants se depensent vraiment et s’amusent du jeu, pas des conneries de l’un ou de l’autre. Comme ce sont les plus interesses qui sont alors le plus souvent avec moi – Sunill (le plus grand des2 ), Robi, Probin, Vishnu – ca progresse bien et les autres voient qu’on arrive a se faire des passes pendant 2 mn sans que le ballon tombe. Alors y en a qui se ramenent, genre Ramesh, Bishnu, Raju (le petit), Nobin, Binod (le grand), Lalu, etc. Eux ausi progressent bien et alors on peut faire des echanges. A ce moment la, soit personne d’autres arrivent et on peut faire un « vrai » match ou l’on se depense bien ; soit les moins motives a la base se ramenent ( souvent les plus grands, Basanta, Dinesh, Prakash, etc) et veulent jouer en prenant les choses en main. La c’est plus delicat car il faut valoriser leur volonte de participer – donc ne pas leur dire que c’est trop tard pour jouer – mais aussi preserver l’evolution avec les premiers participants – donc remettre tranquillement les derniers arrives a leur place en leur disant que si ils jouent individuellement, engueulent les autres ou font n’importe quoi, ils sortiront du jeu 2 minutes. Certaines fois ca se passe bien, d’autres fois les plus jeunes cedent sous la pression quand on est deja 5 contre 5 et laissent leur place aux derniers arrivants. Je les remets une fois sur le terrain, mais la seconde c’est plus possible, surtout quand ils assurent ne plus vouloir jouer. Quand je disais que j’apprenais a animer avec patience et humilite...

J’ai egalement sorti deux fois un ballon de rugby avec Sunill, Robi et Probin (voir album Sports). Pour le moment, il s’agit juste de les acclimater a cette balle bizarre. Je l’ai fait avec ces 3 la car ce sont les plus motives et aussi ceux qui suivent le mieux et avec le plus d’attention mes conseils. Aussi, en 2 fois 20mn, ils ont reussi a faire des vraies passes de rugby, meme si Probin est un peu maladroit pour les rattraper. J’ai meme reussi a leur faire faire des passes en courant et ils ont assez bien compris qu’il ne faut pas faire de passe en avant, donc qu’il faut etre derriere le porteur du ballon. A suivre...

De toute facon, l’objectif principal, l’objet primordial des activites sportives est de me permettre d’etre accepte, apprecie et respecte par le maximum des enfants. Ainsi, c’est ma facon de me forger une legitimite pour etre ecoute dans la vie de tous les jours, dans des conseils qui concernent leur comportement en general, la necessite de faire des efforts pour se frayer un chemin vers une vie autonome en dehors de Pomme Cannelle. Cette legitimite, cette action veritablement educative prendra du temps, beaucoup de temps. Et par dessus tout, cette action, ces paroles doivent toujours specifier le fait qu’ils ont le temps, que Pomme Cannelle les soutiendra tout le long dans ce parcours. En effet, la peur du dehors, la peur d’une societe qui les a beaucoup maltraites est enorme. Ainsi, quand je disais a Sunill qu’il avait vraiment les moyens d’avancer sur ce chemin, de gagner « plus tard » sa vie lui meme, il me dit que oui, mais « plus tard plus tard »... Je lui repondis que bien sur, et que de toute facon il pouvait, il devait avoir confiance en lui. Si j’en crois le fait que 9 puis 12 enfants m’ont suivi lors des 2 premieres marches matinales, que Probin m’a offert du mais grille, que le petit Raju m’a demande de l’aide pour ses devoirs ; je pense etre sur le bon chemin. Je ne suis pas naif, ces details ne revelent encore rien de durable mais c’est un bon debut.

Ensuite, vers 17h30, lorsque la nuit tombe, les enfants ont le droit de regarder le tele. Et ils aiment ca... Surtout le catch. Je me suis permis de leur dire que c’est du cinema, parce que bon, c’est pas comme croire au Pere Noel, et que c’est mieux pour eux d’etre capables de relativiser cette violence. Bon, je sais, en matiere de violence, physique, psychologique,etc., ils en connaissent un rayon ; mais j’ai pas pu m’empecher... Depuis 2 jours, j’aide Raju a apprendre ses lecons. Ca me fait vraiment plaisir de pouvoir l’aider, d’autant plus qu’il a beaucoup de bonne volonte. Et qu’il veut eviter de prendre des coups de regles sur les mains... Ca se passe encore comme ca au Nepal... J ‘essaie egalement de veiller a ce que les autres scolarises fassent leurs devoirs, que le petit Sunill ne les fassent pas devant la tele et surtout que Nobin prennent la peine de travailler. En effet, il en a vraiment besoin car a 12 ans il ne connait toujours pas son alphabet. Alors je l’aide. Encore une fois, vivement qu’une institutrice puisse travailler avec eux. Raju doit rencontrer deux candidates a son retour.

Pendant ce temps, un groupe d’enfants prepare le dal-bhat du soir. Comme pour le casse croute et meme pour le dal-bhat du matin, un systeme tournant organise la cuisine par les enfants eux memes. Raju a mis ca en place, les enfants ont definis les groupes eux memes. Il faut bien entendu veiller a ce que d’autres enfants ne viennent pas dans la cuisine et creent une ambiance trop amusee, ni a ce que les cuisiniers abusent sur les quantites. L’encadrement y veille. En tout cas, avec parfois un peu de retard, la cuisine est toujours faite et surtout le partage toujours respecte. Ainsi, on met de cote pour ceux qui arriveront plus tard. Quand il y a des restes, cela donne certes souvent lieu a des disputes, mais jamais trop marquees.

Ce respect de l’organisation du repas, du nettoyage de la cuisine m’epate. De meme, la regle de preserver des chambres et les toilettes propres (a peu pres, car la proprete au Nepal n a pas tout a fait le meme sens qu’en France) est plutot bien suivie. Egalement, l’heure du coucher, 21h- 21h30, est correctement respectee.

Il est vrai que ces regles correspondent aux interets bien compris des enfants : pour eux, quel bonheur de manger selon leur faim, d’avoir un toit, une couverture, etc. Il est vrai aussi que ces enfants sont une ancienne bande, sans quoi vivre ensemble releverait certainement de la gageure. Ils acceptent beaucoup moins les contraintes du travail : horaires, concentration, calme, etc. Mais que de chemin parcouru depuis qu’ils vivaient dans la rue... Ils se sont « remplumes » et avancent petit a petit dans leur resocialisation.

Pour autant, comme je l’ai dit en introduction, leur difficultes, dependances et fragilites reservent bien entendu des creux, des moments de « regression ». Par exemple, il y a eu un soir ou le grand Raju et Pradip ne sont pas rentres du travail. Manquaient aussi a l’appel Bikram et Binod (« Dark Vador »). En effet, ils passerent la nuit a Basantapur, le centre historique et touristique de la ville, leur ancien lieu de vie. Forcement, ils ont pris de la colle. Et le lendemain, ca se voyait. Bikram, d’habitude toujours souriant, n’a rien dit de la journee et ressemblait tout simplement a un legume. Raju n’aurait pas dormi dans la rue, il se serait paye une « guest house », donc aurait mendie ou plus certainement vole.

Le samedi matin, apres la reunion entre Herve, le staff et les enfants et celle reservee a Herve et le staff, Raju le manager, Herve et Shyam ont parle avec Raju et Pradip. Cela avait deja ete fait, mais c’est toujours plus performatif entre 4 murs avec le staff et surtout avec Herve. Sans etre trop solennel et autoritaire – sans quoi ils risqueraient de rebasculer dans la rue – il a ete dit que cette incartade impliquait la suppression de l’argent de poche hebdomadaire. De plus, Pomme Cannelle versant un petit salaire sur un compte a ces jeunes en stage (les patrons ne les acceptant que s’ils ne les payent pas, car soit disant pas besoin d’eux, et plus credible car ces jeunes sont trop lents et pas assez fiables) jusqu’a ce que le patron les paye, il a ete convenu qu’au prochain manquement au stage ou aux regles de vie du foyer, une forte retenue serait operee sur ce salaire. De plus, concernant Raju, il est clair que lui comme le staff souhaite qu’il parte le plus vite possible. En effet, c’est desormais un jeune adulte, et il est plus fort physiquement que Raju, Shyam et Buddha. Ainsi, s’ils revient shoote a la colle et a l’alccol, il peut devenir incontrolable. Le programme le concernant est celui de tout jeune sortant de Biya (2 ou 3 deja) : petit salaire pendant stage, puis si il travaille bien, au bout de 2 ou 3 mois il touche son salaire directement du patron, et alors Pomme Cannelle l’aide a trouver un logement, lui paye des meubles et le soutient pour les premiers loyers. De cette facon, le passage a la vie active se fait doucement.

Seulement, il y a des choses que nous ne pouvons maitrises, des aspects qui ne sont du ressort que du jeune. Si malgre tout il veut prendre de la colle, personne ne peut l’enfermer... Le but est de lui donner les moyens, de le mettre dans les meilleures conditions, de lui apporter soutiens materiel et affectif, de lui montrer ses capacites, son interet a vouloir changer de vie. Ainsi, c’est ce que Pomme Cannelle tente de faire, et c’est que nous essayons aussi avec Binod et Bikram, entre autres.

Une des plus grandes difficultes est de trouver des moyens de donner des effets a leurs comportements qui ne vont pas dans le sens de leur resocialisation. Enlever l’argent de poche ? Ca ne marche pas vraiment ou en tout cas pas pour tous, ils peuvent en gagner entre eux aux cartes, ou dehors autrement. Les priver de sport ? Pour beaucoup ca ne leur fait ni chaud ni froid. Les priver de la sortie du samedi ? C’est un moment de detente privilegie et de socialisation avec « l’exterieur ». Il est impossible de leur enlever de la nourriture et encore moins de les remettre dans la rue. Pour comprendre leur peur de perdre leur seul toit et « famille », il faut avoir vu le petit Raju, qui se donne des air de grande gueule, se mettre a pleurer rien qu’en entrant dans la chambre du staff. Raju devait juste avec Herve lui resignifier que manquer de respect a un des membres du staff (visiblement ce qu’il avait fait la veille envers Raju dans la cuisine) etait interdit et pouvait entrainer la suspension de l’argent de poche hebdomadaire. En aucun cas le menacer d’exclusion. Et pourtant il a pleure, pleure...

Alors on fait avec l’argent de poche, et surtout avec l’autorite issue de la legitimite, de l’affectif, avec la parole, la confiance. Mais chaque membre n’a pas forcement tout ca avec chaque enfant. Au moins on se complete !

J’essaie de tout faire pour aider le staff, gagner en legitimite et creer des liens affectifs avec les jeunes. C’est pourquoi j’ai relance la marche matinale. Un jour sur deux, faut quand meme pas exagerer. Non, serieusement, c’est parce que je sais que pour se lever a 6h15, si on fait ca quotidiennement, y aura plus personne apres 3 ou 4 jours. La 1ere a eu lieu lundi, on est alle au Swayambunath, le « temple des singes » (voir album Marche au Swayambu). Il est appele ainsi car dans la colline qu’il surplombe et en son sein il est vrai que pullulent les macaques rhesus. Probin, Sunill, Robi, Lalu, Ramesh, Nobin, Himal, Ajit et Sunill sont venus. J’avais prevenu : on reste ensemble, donc les grands vont au rythme des petits, et pas de cigarettes. Sans quoi retour au foyer pour tous. Bon, ils ont bien essaye une ou deux fois d’aller suffisament vite et loin pour fumer, mais je pense que c’etait autant pour tester que pour fumer. A part ca, cette heure et demie de balade, agrementee de pauses au sommet, c’est bien passe, on a pu discute (dans les limites de mon nepali qui s’etoffe peu a peu, il en a besoin, il est bien famelique), rigole,... Donc, pour valoriser leur effort et bon comportement, j’ai offert le the.

Bon sinon, j’ai fait un album Sports ou vous pouvez voir les enfants jouer au foot, volley, un peu au rugby et au badminton. Vous pouvez aussi voir le tracage du terrain de volley – badminton, le second terrain de foot et les prouesses gymniques du petit Himal (il a appris tout seul).

Je vous propose egalement de decouvrir un peu de Katmandou (album Samedi Basantapur). En effet, samedi dernier ayant ete un jour de repos pour moi, je suis alle visiter le foyer de Kalimati (2eme et 3eme photos, la 1ere etant la reunion hebdomadaire). Puis je suis alle au centre de jour de Balkendra, mais comme Mickael le responsable n’etait pas la, je suis juste monte sur les toits et admire la vue sur Durbar Square, le centre historique et religieux de Katmandou. J’ai aussi profite de la vue plongeante pour observer la vie sur les toits : etendage, dont un tout petit chausson en laine, epouillage, jeux, ... Et j’ai essaye de photographier les aigles qui tournoient si souvent dans les airs de la vallee. Et en rentrant a Biya, j’ai un peu flane dans Makhan Tole, rue commercante, la place d’Indra Chowk, celle de Kel Tole, d’Asan Tole, etc. Je suis passe par un de mes temples preferes, celui de Seto Machhendranath. Ce temple est un « bahal », c’est a dire qu’il est le centre d’une cour autour de laquelle maisons et commerces prennent place. Les activites religieuses, commerciales et les jeux des enfants s’y melent donc, d’autant plus que ce sanctuaire est l’un des preferes des habitants de Katmandou et qu’il attire bouddhistes et hindouistes. Les 1ers considerent Machhendranath comme une forme d’Avalokiteshvara, les seconds comme une incarnation de Shiva. L’age de l’edifice n’est pas connu, si ce n’est qu’il ate restaure au XVIIeme. Il abrite donc la statue de Machhendranath, au visage blanc (d’ou Seto qui signifie blanc) et assis comme un bouddha. Chaque annee en mars-avril, il est promene sur un char a travers la ville.

Pour finir, merci de me lire, ca me fait plaisir et si ca peut donner des envies pour soutenir les enfants via Pomme Cannelle... Enfin, suite de l’anecdote sur mon prenom : Raju (le jeune en stage) m’a trouve un surnom nepalis : «  Badel » (sans accent), qui veut dire « nuage ». Bah oui, par rapport a eux, je suis blanc comme un nuage... Ce nouveau nom a pas mal de succes, comme le « uncle » visiblement de mise pour le dernier benevole, ou encore le « sir » de mise pour tout etranger. Mais c’est quand meme Ben et Badel qui tiennent la corde...

Posté par bertrandmidol à 08:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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