17 novembre 2006

Premiers jours

Le mercredi 8/11 a 20h30

Ca y est, enfin, je prepare de quoi alimenter le blog… Je vous previens tout de suite, il n’y pas d’accent sur les claviers et comme les lettres sont disposees differemment, je pense vous gratifier de fautes de frappes aussi frequentes que succulentes. Deja que sur un clavier europeen je suis pas tres bon, alors la ca risque pas de s’ameliorer.

Le voyage a ete long, surtout qu’entre la fatigue accumulee par les nombreux au-revoir, la separation d’avec la famille, les amis et ma Laurie, l’anxiete et l’excitation ; mes sensations etaient comme anesthesiees et ma tete a peu pres aussi lourde que cette phrase. La correspondance a Bahrein a ete bien longue, merci papa pour le bouquin d’Eric Valli !

La-bas aussi la mondialisation du commerce ne perd pas de temps : plein de Pere Noel agrementaient cet aeroport-centre commercial.

Apres environ 16h de voyage (je crois car pendant tout ce temps j’ai un peu perdu le fil) et 4h de sommeil maximum, je suis arrive a Kathmandou avec un super beau temps. Herve, le fondateur et coordinateur de Pomme Cannelle (APC, ce sera plus court), et Raju, le responsable du foyer Biya, ont accueilli les parents d’Herve et moi-meme, ces premiers ayant voyage avec moi. De cette facon ils avaient negocie 2 taxis car avec toutes nos affaires il fallait bien ca.

Je suis donc arrive directement au foyer de Biya, le programme dans lequel je vais travailler ces 5 prochains mois. Il est situe a Balaju, a la limite septentrionale de l’agglomeration de Kathmandou. Ainsi, les avantages sont que la foret et les collines sont proches, les cultures egalement et surtout c’est calme, ce qui dans la vallee est un luxe indeniable.

Avant d’aller plus loin, je pense que pour beaucoup d’entre vous il est important de preciser quel programme recouvre le foyer Biya. APC a mis en place un foyer d’hebergement d’urgence - Kalimati, un foyer familial - Poonhill et un centre d’accueil de jour - Balkendra (pour ceux qui ne connaissent pas APC, rendez vous sur mon site revesolidarite.fr et surtout sur pommecannelle.org). Biya est le dernier ne (mai 2005). Ce programme vise a donner acces a l’autonomie par la formation professionnelle et se destine aux enfants exclus depuis trop longtemps du systeme scolaire. Actuellement, il compte 19 enfants de 8 a 19 ans. Les 2 plus jeunes sont scolarises et les autres suivent soit des cours de menuiserie soit de mecanique. Il y a aussi Nobin, 12 ans (celui qui fait la vaisselle sur les 2 dernieres photos), depuis trop longtemps sorti du systeme scolaire (3 ou 4 ans dans la rue, lui meme ne sait plus bien, la colle sniffee n’aidant pas...) et trop jeune, trop loin de savoir lire et ecrire pour suivre une formation. Pour lui comme pour quelques uns de Kalimati, Raju cherche a recruter une prof pour lui donner des cours fondamentaux.

Gilles, un francais vivant au Quebec, donne les cours de menuiserie en 2 groupes, debutants et avances. Il est aide par Manu, un autre benevole francais. D’ailleurs, je suis arrive le meme jour qu’une bonne nouvelle : une place en « stage » a ete trouvee pour les 2 plus avances. Bien que les debuts semblent difficiles, c’est le genre de reussite, certes precaire, qui donne espoir a tous. C’est Buwan, le nouveau prof de mecanique, qui a bien aide a trouver ce stage. Avec sa debrouillardise et ses connaissances, il n’a plus qu’a se « denepaliser » pour acquerir la rigueur necessaire au travail avec les enfants. En plus de Raju qui vit sur place (il partage sa chambre avec moi), il y a « Didi » qui fait la cuisine ainsi que Shyam et Boudda qui participent a l’encadrement a mi-temps.

            Quant a moi, j’ai besoin de temps pour trouver la bonne place pour les activites sportives et surtout pour constituer un nepali qui ressemble a quelque chose ! De plus, ce temps est necessaire pour apprendre a connaitre ces enfants et reciproquement. Je dois dire que pour ces tout premiers jours ca a l’air de bien se passer, leur gentillesse a mon egard n’ayant d’egale que leur propension a se foutre sur la gueule (le plus souvent gentiment, quelques fois un peu moins). Je m’attendais a bien pire en ce qui concerne leur comportement en general et leur attitude envers moi. Bon, c’est vrai que c’est pas evident de les canaliser mais leur joie de vivre et leur capacite a (a peu pres) vivre ensemble devraient faire envie a plus d’un foyer specialise francais.

Pour l’instant, je suis utile pour boucher les trous, au bon sens du terme. En effet, vu l’emploi du temps et surtout le peu de personnel (pas qualifie mais comment faire autrement ici ?) pour gerer les activites, la gestion du foyer, des stages, etc., les enfants ont beaucoup de temps libre. Dans le principe je trouve ca tres bien car nous europeens en faisons tant faire a nos enfants... Au moins, ils ont le temps de s’amuser et de se chamailler, et pour ca on peut dire qu’ils en profitent, surtout depuis que la tele a ete interdite avant 17h (ici on se leve avant 7h, prend le riz-lentilles vers 9h, dine le riz-lentilles vers 18h et se couche vers 21h. Rigolez pas, je suis tres bien le rythme, sauf que j’ai tendance a ajouter un dejeuner au milieu de la journee). Cependant, trop peu d’activites tuent les activites. Ainsi, avant et apres les formations, voir meme pendant quand Buwan ou/et Raju doivent s’absenter, j’ai commence a leur faire faire du volley et aujourd’hui du foot. D’ailleurs, le premier jour, vers 17h, Raju ayant du aller faire des courses, Shyam et Budda n’etant pas encore arrives, je me suis retrouve seul avec les enfants. Debordants d’energie vous disais-je, mais relativement obeissants (ah le sport ca facilite le boulot, surtout quand de temps en temps on peut prendre une grosse voie). Bon, c’etait  du grand n’importe quoi au debut mais des que j’ai donne comme consigne de faire 2 passes avant d’envoyer le ballon de l’autre cote, ils ont bien accepte et pas trop mal fait.

Hier, je leur ai fait faire des exercices 2 par 2 puis par groupes de 3 pour que leurs gestes commencent a ressembler a quelque chose et pour qu’ils s’habituent a jouer collectivement. Faut esperer que mon nepali progresse vite (ca commence petit a petit) car pour l’instant c’est chaud d’expliquer les gestes, l’interet du collectif et de reagir promptement aux debordements ! Cependant, pour le moment l’objectif est simplement de les faire se defouler et s’habituer a respecter quelques regles, du genre si a un moment tu quittes le jeu tu ne peux pas y revenir ensuite. De cette facon, j’apprends, certes lentement, a m’exprimer de maniere suffisante, a retenir les prenoms et on peut faire connaissance.

Ce matin, on a fabrique un terrain de badminton-volley ball dans la cour avec Nobin puis avec ceux du cours de mecanique quand Buwan a du aller aider Raju dans ses luttes administratives. Et apres les cours, nous sommes alles faire un foot. Ca parait simple comme ca, mais avec ces 19 enfants qui n’ont absolument pas l’habitude de faire une activite sportive un tant soit peu encadree, rien que de rejoindre le terrain a 300 m du foyer s’apparentait a une mission. « S’apparentait » car de fait, bien qu’il ait fallu prendre plusieurs fois la « grosse voix », le petit discours d’avant depart a bien fait son effet. Prevenir que si tout le monde parle tout le temps, j’interviendrai une fois mais la seconde serait synonyme de retour au foyer et interdiction de tele. Expliquer que le but est de s’amuser et que pour ca mieux vaut respecter quelques regles, comme celle d’y aller « doucement « (cf differences d’ages et capacite a se chamailler) ou celle de jouer ensemble, et que la aussi le non repect entrenerait les memes consequences. Et finalement, ils ont pratiquement tout le temps respecte ces regles et se sont tous tres bien amuses 2h durant. Ainsi, j’ai pu, en depit de mes limites linguistiques mais avec l’aide des enfants, commencer a leur prouver l’interet de respecter des regles et les autres, a leur montrer qu’ils en sont capables et a leur dire que cet interet et ces capacites sont les memes pour le travail...

Je suis encore bien loin de faire reellement de l’educatif mais j’etais heureux de les voir comme ca et content de moi. Ce sera loin de suffire, les difficultes ne manquent pas, il faut organiser mes activites avec Raju et puis au debut la nouveaute, la curiosite aident beaucoup... Le rugby, ce sera pour dans quelques semaines, une fois que je serai capable de vraiment les canaliser, qu’ils pourront reellement et durablement respecter les consignes, faire des efforts et jouer ensemble. La route est longue...

            Comme vous le voyez j’ai bon moral d’autant plus que je suis bien occupe. Les flottements ne manquent pas mais le contraire serait inquietant. Quand les choses releveront non plus du bricolage mais de l’artisanat (desole pour les « mais » de partout, mais j’arrive pas a faire autrement), je devrai pouvoir contacter les uns et les autres, donner le n de portable de Raju pour m’appeler, vous parler de ce meme Raju qui a une bonne volonte a faire palir tout un couvent et avec qui je me marre bien, de ma balade nocturne a Katmandou (cf. photos de nuit), etc. Sinon, dernier detail pour cette fois, sachez que j’ai change de prenom : ici « Bertrand » etant imprononcable (« Bertin », « Betrin » j’en passe et des meilleurs), je suis devenu « Ben ». Comme ca c’est simple et au moins ca reste dans la famille.

Posté par bertrandmidol à 08:20 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Premiers jours

    Merci

    Merci, Ben Grosse Voix ,de tes articles

    Posté par Marie'Cecile, 12 décembre 2006 à 23:15 | | Répondre
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