ReveSolidariteNepal

27 mai 2007

Metres de Solidarite dans la Haute vallee de la Seti: melee de sentiments puissants

Je n’ai certainement pas effectue la totalite des 30 000 Metres de Solidarite, ces metres de denivele positif cumules transformes en soutien financier a APC. Une mechante diarrhea qui s’est averee etre une infection bacterienne m’a constraint a abandoner les 10 derniers jours du programme qui devaient nous amener au camp de base de l’Api (qui culmine a 7 108m) puis a la ville de Darchula.

Mais j’ai randonne 3 semaines dans la Haute vallee de la Seti, dans le Far West, au fin fond du Nepal, dans le district de Bajhang. J’ai passé 2 semaines en totale autonomie entre 3 000m et 5 400m avec Dok, mon ami nepalais, 2 porteurs et un local pour nous guider. Nous avons attaint le col d’Urai Lekh a 5 400m, a la frontiere tibetaine. Nous avons eu l’opportunite de passer dans des milieux naturels sauvages, vierges, de vivre quelques temps dans un environnement splendide, dur, tres dur mais finalement genereux.

Nous avons donc reussi une sorte de reconnaissance dans une vallee oubliee, inconnue de la plupart des nepalais eux memes. Nous avons reussi a organiser et realiser un trek la ou il n’y a pas de trekkeurs, pas de lodges, pas de villages pendant 15 jours et surtout aucune information fiable. Les seuls etrangers a etre passes ici sont les members des rares expeditions qui tentent l’ascension du Saipal, un 7 000m. Et encore, leur itineraire d’approche les fait beaucoup moins remonter au nord et beucoup moins enfoncer dans la nature saubage. Avant la "guerre du people" maoiste, il y avait tres peu d’expeditions, depuis une seule qui a tragiquement echoue l’an dernier.

Lorsqu’il y a tant de diversite et de puissance dans les challenges, les inconnues et les difficultes, il est convenu d’appeler ca de l’elegance. C’est pour ca que je dirai de cette partie oubliee du globe qu’elle est elegamment eprouvante et simplement sublime.

La dessus cette "expedition – trek" reflete directement ce qu’est la solidarite en action : un chemin loin d’etre denue de difficultes, embuches et deconvenues mais qui donne tant d’emotions fortes et d’enrichissement.

Je suis donc decu et satisfait, heureux et triste, frustre et comble, apaise et remue, extenue et renforce. Les images et sentiments forment un amas don’t il est delicat de discerner ou les uns commencent et ou les autres finissent. Dans une melle au rugby, qu’elle soit "ordonnee" par l’arbitre ou qu’elle soit "spontanee", il y a pour un oeil un peu averti des regles, ou tout du moins des reperes, un sens. Il est possible de savoir a peu pres ou le ballon va sortir. Je ne pretends pas etre un connoisseur averti des montagnes etr hautes montagnes mais je ne suis quand meme pas le premier pelerine venu. Neanmoins dans mon cas la melee de spectacles, d’apreuves, de joies et de deceptions, de doutes et de tensions, de calme et de beautes est un joyeux bordel pour l’instant ininterpretable.

Tout ce que je sens, au milieu ou plutot quelque part dans tous ces enchevetrements et efforts, c’est que je n’ai jamais ete aussi heureux, fort et serein que lors du jour qui a suivi notre ascension jusqu’au col. Avec l’accumulation des experiences depuis maintenant plus de 6 mois, la nature, les homes, ces montagnes ont pu m’entrainer dans mes tenebres les obscures, elles m’ont vide, detendu, apaise.

Dans cette melee, l’amertume, la frustration de devoir renoncer au lendemain de mon anniversaire (le jour meme j’avais tenu a repousser l’abandon) sont largement compensees par la fecondite des decouvertes et moments passes la-haut. Jen e m’etais jamais senti aussi fort, empli d’une force instinctive, sure d’elle et humble. De cette melee et de cette vallee emergent donc des rocs de bonheur et quelques flots de fierte.

Avant de continuer je tiens a remercier chaleureusement tous ceux qui ont soutenu mon expedition et a travers elle les enfants des rues. Un gigantesque merci a celles et ceux qui ont mis un peu de solidarite en action par les Metres de Solidarite.

Je suis bien sur retourne a Biya plusieurs fois. L’accueil des enfants et la teneur des nouvelles m’ont fait chaud au coeur. Le billet "Dernieres nouvelles et a tres bientot" vous permet de savoir quels sont les changements survenus a Biya ces derniers temps et quelles sont ces bonnes nouvelles.

Afin de vous donner un apercu de ce periple avec le plus de clarete possible, je vous propose de demeler les faits et sensations a partir des explications concernant nos conditions de marche et de vie. Je presenterai succintement pour chaque partie de l’expedition les milieux naturels traverses et la cultures des habitants, les Bahun Chhetri.

Voici les differentes parties du trek qui correspondent aux albums photos:

De Chainpur (1 500m) a Dhuli (3 000m)

De Dhuli au dernier camp a Saipal (4 800m)

L’’ascension au col Urai (5 400m)

Du retour de Dhuli a Chainpur par le "Chemin des cretes"

De l’ironie des 25 ans ou le renoncement

De Katmandou a Chainpur, 9 avril – 14 avril

La journee de voyage entre Katmandou et Dadeldhura nous a fait traverser la plaine du Terai d’est en ouest jusqu’a Attaria ou nous avons oblique vers le nord et la chained u Mahabharat. Normalement, une autre journee de bus est necessaire pour rallier le bout de l’execrable piste a Tamal, qui est situe a 3h de Chainpur, la prefecture du district.

Seulement, nous ne savions pas que le Nouvel An nepalais (13-14 avril) engendrait de tels flux migratoires dans cette region. En effet, les tres nombreuses personnes qui travaillent en Inde ou dans la plaine reviennent dans leur village pour cette occasion charges de bagages et y restent quelques temps pour aider aux travaux des moissons. Ce qui a signifie pour nous l’impossibilite de trouver 2 places dans un bus et encore de la place pour nos 90 kg de bagages. Au bout du 6eme bus plein a ras-bord, nous avons donc logiquement decide d’aller prendre le bus a la source, c’est a dire de redescendre dans le Terai jusqu a Mahandranagar (a la frontiere occidentale) puis emprunter une 3 fois la route menant a Dadeldhura.

De la, le vieux bus surcharge (plus d’1,50m de bagages sur le toit) a mis pres de 36h pour rallier Tamal le 13 avril a 23h. Heureusement, la beaute des collines, forets et valles traverses permettaient de render un peu moins penible ce troncon infernal. Le lendemain nous avons rejoint Chainpur, dans un etat assez lamentable pour moi, tant les secousses, la chaleur, le manque d’eau et des dhal-bhat degeulasses m’avaient tout retourne. Nous avons donc pris 3 jours de repos total avant de debuter le trek, temps mis a profit pour tres difficilement trouver des porteurs (3 jusqu a Dhuli puis 2) et se mettre a la chasse aux infos.

De Chainpur a Dhuli, 18 avril – 22 avril

Toute la remontee de la Haute vallee de la Seti et pour commencer les 5 jours de marche jusqu’au dernier village de Dhuli nous ont plonge l’exceptionnelle diversite des paysages, de la vegetation et de la faune ainsi que dans la culture des ses habitants, les Bahun Chhetri. Ces 2 groupes sont le pivot de la culture et l’ethnie dominante du Nepal, mais il n’y a que dans la Seti quils sont majoritaires dans les montagnes. Contrairement a ce que laisse penser leurs statuts de castes les plus elevees, les Bahun et Chhetri y ont tous a travailler la terre.

Grace a ces hommes dont la dignite n’a d’egale que la beaute de leurs femmes, nous avons toujours trouver facilement et tranquillement gite et nourriture. Dans les conditions de vie locale, les dhal-bhat pauvres en lentilles et legumes avaient du mal a nous rassasier après des journees de 6h de marche parmi des series de montee-descente et de contournements de flancs.

Le mode de vie de la population base sur l’agriculture et l’elevage cree dans cette vallee si changeante de veritables feux d’artifices de courbes et de couleurs. Au fil des villages et hameaux sans ages, nous avons pu en plus nous delecter du spectacle des moissons et admirer ces gens pour les durs labeurs qu’ils accomplissent.

De Dhuli au dernier camp "Saipal" (4 800m), 24 avril – 27 avril

Coulant entre le Nampa (6 754m) et le Saipal (7 025m), la vallee se retrecit, deviant de plus en plus abrupte, sauvage, et il faut la remonter en totale autonomie. Comme nous etions dans la zone avant les chercheurs de yarsa gumba (insecte souterrain recherche pour ses qualities en medicine chinoise – energie sexuelle notamment – et donc pour son prix hors norme – environ 1 500 euros le kilo dans la region de cueillette et plus de 7 000 sur les marches illegaux approvisionnants Hong Kong, Singapour, le Japon etc) et avant les caravanes de yaks et de commercants tibetaines et nepalaises, nous avons du employer les services d’un habitant de Dhuli pour nous guider et faire de nous les 1ers a atteindre le col cette annee.

Les cimes enneigees des Bakhya Lekh et de tant d’autres se font toujours plus fascinantes. Apres le campement de Daoura puis celui de Dahachaur, la Seti coule au fond de gorges tres encaissees et elle y etait presque totalement recouverte d’une couche de neige glacee. Le sentier emprunte cette couche puis s’eleve sur une pente vertigineuse et evolue parmi les neves, roches mouillees ou gelees, boue et prairies. L’ensemble provoque des montees d’adrenaline et ne laisse aucune possibilite de moindre faux-pas.

L’ascension au col d’Urai a la frontiere tibetaine, 27 avril [retour a Dhuli le 29 avril]

Lorsque nous sommes arrives a proximite du dernier lieu de campement appele Saipal, nous avons ete accueilli par la neige. Nous l’avions rencontree a 2 reprises mais pour de courtes averses. Cette fois ci, les chutes durerent quelques heures, nous empechant de faire quoi que ce soit a manger et nous obligeant a reflechir aux differents scenarios possibles. Heureusement, elles cesserent dans la nuit.

Le lendemain matin a 5h30, nous decouvrons les Biyas Rikhi Himal, les Guras Himal, le massif du Saipal et tant d’autres qui ponctuent le paysage de leurs silhouettes grandioses. L’univers des Himalayas nous envahit, nous emplit de sa fantatstique puissance et nous illumine de sa magnifique purete.

Tout au long de la journee restante pour atteindre et revenir du col, la magie de la nature offre des panoramas splendides et decline genereusement les formes les plus douces et les plus acerees dans une debauche de glaciers, domes, seracs, falaises, pics, aiguilles, arêtes, corniches et eperons. Ces effroyables beautes nous enivrent de bonheur en meme temps que d’humilite. Pensees pour les enfants et tous ceux que j’aime.

Le retour de Dhuli a Chainpur par le Chemin des cretes, 2 mai – 4 mai

Dans notre programme initial nous voulions rejoindre l’itineraire menant au camp de base de l’Api en traversant la chaine de montagnes nous separant de lui. Nous souhaitions pour aller a l’est puis remonter vers le nord emprunter le col de Patharasi a 4 900m. Des l’arrivee a Dhuli, nous avions du abandoner cette idée tant les locaux nous decrivaient ce passage comme etant peu connu et dangereux a cette époque de l’annee.

L’ancien de la famille chez qui nous logions a Dhuli nous avait parle d’un autre col, plus au sud, plus praticable et necessitant moins de jours d’autonomie. Pourtant, nous devions une nouvelle fois abandonner notre idée. En effet, les paroles de l’ancien n’avaient pas evoquer le fait que ce col n’etait plus pratique depuis de nombreuses annees et que notre itineraire jusqu’a la frontiere etait une franche partie de rigolade par rapport a celui-ci.

C’est ainsi qu’en dernier lieu nous en sommes venu a redescendre a Chainpur. De la, il nous fallait prendre le bus quelques heures pour trouver le chemin menant a l’Api. Afin de faire de cette descente imprevue le meilleur moment possible, nous decidions de ne pas reprendre le meme cheminb qu’a l’aller. Nous avons donc emprunte le chemin Daoura comme l’appellent les locaux. Ce chemin prend un raccourci par rapport au chemin du fond de vallee et de celui des villages utilise a l’aller. Comme tout raccourci en montagne, ce chemin se doit de gravir une chaine avant de la descendre. C’est pourquoi je l’ai nomme "Chemin des cretes" : de Dhuli il monte brutalement pendant 5h pour passer parmi une trouee dans les cretes puis se faufiler parmi celles-ci pendant une journee et demie.

Pendant 3 journees de nouveau en autonomie nous avons donc pu admirer la vallee depuis son autre versant et nous delecter des vues sur les massifs himalayens precedemment traverses, avec le Saipal et l’Api en derniers cadeaux.

De l’ironie des 25 ans ou le renoncement, 6 mai – 11 mai

Apres 2 jours de repos dont 1 force par la necessite d’attendre du liquide envoye de Katmandou, nous sommes descendus a Tamal le 6 mai au soir. La diahrree s’etait deja saisie de moi. Je pensais pouvoir gerer a condition qu’elle ne depasse pas la demi-douzaine de "sortie" et ne fasse pas trop souffrir, ce qui etait deja alors loin d’etre le cas.

Le 7 au matin, nous avons pris le bus pendant 5h pour aller jusqu’au patelin deRupel. Puis une heure de marche nous a amene a Sainsur. Mon etat s’empirait et je commencais a comprendre quelle fin il allait falloir donner a cette histoire. Les souffrances qui m’attendaient auraient gache tout le plaisir de s’approcher de l’Api et de vivre encore quelques jours seuls dans la nature.

Mais ce jour la etait le jour de mes 25 ans. Donc pas question d’abandonner et de peut etre laisser passer la lueur d’espoir qui me restait. En me blindant de medicaments, j’arrivais a profiter de la joie d’etre la et de m’amuser des faceties du destin. Et surtout de deguster les poissons tout juste sortis de la Kalanga, mon saucisson et ma bouteille de Bordeaux ainsi que la mousse au chocolat et la crème vanille aux framboises (que j’avais portes depuis le debut). De toute facon rien ne passait alors pourquoi se priver…

Le 8 mai se leva en m’enlevant definitivement tout espoir d’amelioration suffisante. Le lendemain nous allions donc rejoinder la piste et nous diriger vers Dadeldhura que nous atteigniions a la tombee de la nuit. Encore une demi journee de bus pour descendre dans le Teraui et arriver a Danghadhi ou pour ne pas exacerber ma faiblesse nous avons decide de prendre l’avion pour revenir a Katmandou.

Ce que j’ai accompli constitue donc une sacree experience. Elle permet, au meme titre que mon experience avec les enfants des rues, d’envisager differentes suites pour la partager, illustrer et susciter un peu de solidarite. Dans ce sens, le livre sur les enfants et APC, les photos d’Alexia et les miennes, des "conferences documentaries photos" chercheront a collecter quelques fonds et a trouver de nouveaux parrains. A suivre.

Mes remerciements plein de reconnaissance a celles et ceux qui ont soutenu "Reve et Solidarite".

A tres vite.

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Dernieres nouvelles et a tres bientot

Dernieres nouvelles et a tres bientot

Si je n’avais plus donne de nouvelles depuis si longtemps, c’est que des mi-mars, en dehors du temps passé a Biya, j’ai ete beaucoup pris par le travail de photos avec Alexia et par l’organisation de mon trek. J’en suis revenu le 11 mai dans un tel etat de fatigue que je me suis d’abord atteler a me soigner, me reposer et reprendre du poids. Je pars lundi 28 mai, rejoindre ma copine au Cambodge.

Lorsque je suis repasse a Biya, en plus du visage radieux de Raju, ce sont la spontaneite des sourires et la chaleur des embrassades des enfants qui m’ont accueilli.

Je remarquais rapidement l’absence de Moussa, Ajit et des autres "petits". Raju preceda alors ma question en m’annoncant qu’ils avaient rejoint le foyer de l’association Chantal Mauduit. Dans ce centre destine a des orphelins et a d’autres enfants issus de familles tres pauvres, Moussa, Ajit, Bibek, Ramesh Bhai, Jeevan, kedar et Bhishal sont dans les meilleures conditions pour continuer leur parcours de reconstruction affective et d’education. Suffisament detaches de la rue – a des degres divers – il ne pouvait y avoir de mal a les voir quitter les plus grands et leur influence pas toujours positive tant que les liens et le soutien de Biya et de Pomme Cannelle sont assures par des visites frequentes de Raju et d’Herve et par leurs passages reguliers a Biya. De plus, leur depart permet de liberer des places dans le dispositif "Transit" de Biya et d’accueillir des enfants de Kalimati qui en avaient bien besoin (voir plus bas pour les "nouveaux"). Santos et Bikash ont quant a eux integrer le foyer familial de Poonhill a Pokhara.

L’autre absence que je remarquais me semblait plus normale etant donne que je ne connais plus les jours de conge des members du staff. Je fus donc tres surpris lorsqu’a ma question "Ou est Pushpa?" Raju me repondit "Il est parti il y a quelques semaines". Devant mon empressement a comprendre ce qui s’etait passé, Raju m’expliqua que Pushpa avait ete selectionne par la Federation nepalaise de taekwando pour aller s’entrainer en Coree du Sud pendant 6 mois ou plus. Ayant appris la nouvelle une semaine avant son depart, c’est dans la precipitation qu’il s’en est alle.

Heureusement, Rabi est rapidement arrive pour le remplacer dans le staff. Rabi epaule Raju et Bouddha dans le quotidian du foyer et assure la continuite des activites sportives. A voir l’assiduite et la concentration des enfants lors des séances de karate, il semble que ses debuts se passent bien.

Il y a donc eu aussi de nombreuses arrives d’enfants venus de Kalimati. Lalit, Kumar, Sudip et Bije s’integrent bien au groupe et au programme Transit. Quant a Sunil et Suman , il s’agit de les accrocher a la formation professionnelle qu’ils debutent. Les voir commencer leurs apprentissages en menuiserie est un plaisir, certes prudent, quand on se rappelle que lors des samedi "Kalimati a Biya" ils refusaient categoriquement la proposition de rejoindre Biya et ses formations. Raju est d’ailleurs assez optimiste sur leur integration durable au foyer.

Du cote des "anciens" aussi les nouvelles sont bonnes. Le grand Raju a pu reintegrer sa famille et la confiance, l’apaisement et les capacites de sociabilite qu’il a acquis dans APC lui permettent de travailler dans le magasin d’un oncle. Pradeep egalement a rejoint un membre de sa famille, sa tante en l’occurrence. Et il travaille avec elle a vendre des fruits et legumes. Prabin, qui avait de plus en plus la bougeotte, a decide de retourner dans son village. En attendant l’ouverture prochaine d’un atelier mecanique dans lequel il continuera ses apprentissages, il travaille comme livreur de viande.

Je finirai en parlant de Ramesh. Rappelez vous, je le decrivais peu après mon arrivee comme etant "aussi attachant que fatiguant". Il etait alors encore une sorte d’enfant de 7 ans dans le corps d’un adolescent de 16 ans. La confiance que nous lui avons accordee a progressivement fait son effet. Notamment a travers les activites sportives et ses relations avec Raju, il a pris confiance en lui et en ses moyens. Puis le depart des plus grands – Raju, Dinesh et Pradeep – a change son statut dans le groupe : il devenait veritablement un des "grands". Cela a permis au staff de plus le responsabiliser et cette responsabilisation a porte ses fruits assez vite : Ramesh se voit desormais comme un jeune de 16 ans, se comporte et reflechit comme un adolescent qui accepte enfin de regarder son avenir. Ramesh va tous les jours apprendre et travailler dans un workshop depuis bientot 1 mois. Et il dit qu’il veut des que possible gagner par lui meme son argent afin de pouvoir prendre une chambre. Comme toujours, rien n’est jamais gagne, mais cette evolution est le plus beau cadeau que je pouvais recevoir avant de partir et le seul qui parvient diminuer la tristesse du depart.

Dimanche 27 mai, un nouvel enseignant de menuiserie canadien rejoint Biya.. Un benevole part, un autre arrive.

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02 mars 2007

Evolutions a Biya, instabilites au Nepal

Le 1er mars

[debut de semaine prochaine, albums photos "Seances sports Pushpa" "Kalimati a Biya" et "Ateliers". Et merci beaucoup beaucoup pour vos commentaires qui donnent du coeur a l'ouvrage]

Evolutions a Biya, instabilites au Nepal

Depuis tout ce temps ou je n'ai donne que des bribes de nouvelles des jeunes de Biya, de nombreuses evolutions se sont produites. Tout d'abord, le foyer a enregistre quelques departs et arrivees. J'avais deja fais part de l'insertion professionnelle et de la reintegration familiale de Rabi (16 ans). Il n'est pas inutile de le feliciter a nouveau, et de remercier tout le staff, benevoles, parrains et sponsors d'APC qui ont contribue a cette grande reussite puisque Rabi a ete soutenu depuis de nombreuses annees par les differents programmes de l'association.

D'autres reussites, a suivre aussi bien entendu, sont le retour de Nabin (12 ans) et de Himal (12 ans) dans leur familles. Kalimati puis Biya ont permis a ces 2 enfants de ne pas s'enfoncer dans la rue, de suivre des cours, de reprendre confiance en eux et de renouer petit a petit les liens familiaux. D'autres jeunes sont arrives en provenance de Kalimati : Jiwan (13 ans) et Biré (14 ans) nous ont rejoint depuis bientot un mois; Jiwan suit les cours individualises de Miss Laxmi tandis que Biré débute depuis peu la formation menuiserie. Nous avons accueilli Santos (9 ans) il y a environ deux semaines et son integration se passe d'autant mieux qu'il s'est de suite trouve un complice de jeux de tres haut niveau en la personne de "Moussa", le petit Sunil. Depuis trois jours, Ramesh (11 ans) nous a egalement rejoint. Par contre, Bibèk (10 ans), arrive en meme temps que Jiwan et Biré, est parti au bout d'une semaine. Apres recherches, il s'avere qu'il est alle dans une autre ONG (pardon j'ai oublie le nom). Ce genre de "zapping" entre les associations entrecoupe de passages dans la rue est un des commportements caracteristiques des enfants des rues. Et Bibèk n'en serait pas a son coup d'essai, surtout que sa petite tete d'ange a du l'habituer a etre particulierement persuasif aupres des touristes.

Du cote des departs, ceux de Binod ("Dark Vador") et de Bikram sont beaucoup moins rejouissants que ceux d'Himal, Nabin et Rabi. Apres de multiples mises en garde, Raju le manager a decide d'un commun accord avec le staff de les renvoyer dans leur famille, en leur demandant de bien reflechir si ils etaient prets a revenir, avec tous les efforts que cela représente. En fait, une ou plusieurs fois par semaines, Binod et Bikram se defoncaient la tete a la colle. Ils decouchaient, revenaient la tete en vrac et faisaient comme si de rein n'etait. Or, une des regles pour vivre a Biya est certes de ne pas consommer de colle a l'interieur du foyer, mais aussi de faire en sorte de s'en detacher. Lorsque des jeunes en prennent mais que cela releve plus de replongees occasionnelles, bien entendu nous tolerons puisque la desontoxication est longue et puisque leur fragilite affective implique ces reprises chroniques. Dans le cas de Binod et de Bikram, leur consommation de colle montrait que leur motivation pour les formations professionnelles et pour chercher a sortir de la rue etait tres faible. Comme a cela s'ajoutaient la consommation quotidienne excessive de majijuana, des retards tres frequents pour les formations, etc; et que la suppression de leur argent de poche hebdomadaire ou les exclusions des formations en cas de retard important ne les affectaient pas le moins du monde, il n'etait plus possible de tolerer ces comportements, de chercher a accrocher ces jeunes sans mettre en danger la credibilite des regles et du staff aupres du reste du groupe. Binod et Bikram devaient donc rejoindre leur famille. Ce qu'ils ne firent pas, et ce que d'ailleurs ils n'avaient pas fait depuis plus d'un mois alors que chaque samedi ils nous garantissaient qu'ils allaient leur rendre visite. Depuis, tres peu de nouvelles, si ce n'est qu'ils sont passes une ou deux fois a Kalimati.

L'atelier menuiserie connait egalement son lot d'evolutons. Le depart de Gilles n'a pas ete entraine dans le mois qui a suivi de demotivation majeure ou d'une degradation majeure du fonctionnement de l'atelier, ce qui prouve si besoin etait que le travail de Gilles a bien porte et que son choix de former Bouddha etait judicieux. Pour que justement Bouddha puisse faire mieux qu'entretenir les apprentissages acquis par les jeunes et leur offrir la meilleure formation possible, il suit actuellement plusieurs heures de formations pratiques et theoriques chaque jour. A l'atelier de Biya, une grande armoire a casier est sur le point d'etre terminee par Sunil, Binod, Lalu ainsi que par Akash et Biré. Akash est en effet revenu en formation interne car dans le workshop on lui demandait toujours la meme chose. Nous savions que son souhait d'aller en entreprise etait premature mais nous lui avions laisse le realiser. C'est donc tres positif qu'il revienne de lui-meme completer sa formation. Apres l'armoire qui permettra aux enfants d'avoir un casier pour ranger leurs vetements, nos apprentis se mettront a la fabrication de lits-doubles destines a occuper chacune des 4 chambres.

Quant a l'atelier mecanique, il suit son cours et Ajit a rejoint Ramesh, Prakash et Bishnu. Bhuwan va desormais rediger un rapport mensuel sur les apprentissages et techniques acquises par chacun et sur ses objectifs du mois a suivre, cela afin de lui permettre de prendre un peu plus de recul sur sa pratique pedagogique.

A l'ecole de Biya, Miss Laxmi est tres satisfaite du travail du petit Sunil qui pourra peut etre dans le futur rejoindre l'école publique que frequente actuellement le petit Raju. Elle doit etre soulagee de n'avoir Ajit plus que 2 heures par jour tant son manque de motivation et ses turbulences lui rendaient la tache difficile. Nous cherchons egalement des moyens concrets de valoriser les efforts de comportements et d'apprentissages pour faciliter et rendre plus efficace le travail de Laxmi, travail au combien delicat : susciter des efforts soutenus (discipline, concentration) a ces enfants modeles par les dures libertes de la rue.

Prabin et Basanta sont toujours reguliers dans leur formation mecanique en workshop (si vous avez une idee pour une traduction precise et equivalente, je suis preneur). Ils sont aussi plus ponctuels, le changement de cuisiniere n'y etant pas pour rien. Quant au grand Raju, Pradip et Dinesh, ils vivent desormais dans une chambre que APC leur loue pres de leurs workshops. Ils ont emis eux-memes le desir de s'emanciper un peu, desir qui correspondait tout a fait aux preoccupations du staff et que nous avions cherche a susciter tant ces trois grands doivent se prendre en charge et tant la gestion des differences d'age devenait malaisee. En effet, malgre les garanties selon lesquelles les petits etaient leurs "petits freres" et que c'etait pour cela qu'ils leur demandaient des services, malgre l'approbation des petits qui disaient devant les grands etre tout a fait d'accord; nous avions vent de plaintes de certains petits par rapport au comportement de ces grands a leur egard. Ne pouvant pas etre toujours derriere les jeunes, difficile d'avoir des certitudes, de bien proteger les petits sans que cela passe pour de la defiance aux yeux des grands. Ce point etait particulierement delicat tant la sensibilite, la susceptibilite des grands reste enorme en depit de leurs grands airs. Enfin, la carrure physique de Raju et Dinesh risquait de poser probleme en cas de bagarre et commencait a leur donner une impression de toute puissance. Et puis pour ces jeunes de 18-19 ans, il etait clairement et logiquement de plus en plus emmerdant de devoir respecter les contraintes de la vie en collectivite, de devoir respecter les memes regles que des petits de 9 ans. Cependant, leur comportement global, loin d'etre irreprochable, etait tout a fait appreciable au regard de leur passe et de leur capacite de nuisance. Leur attachement a la structure a fait trainer leur decision. On les comprend. Prendre une chambre, c'est un peu sauter dans l'inconnu, rejoindre un ailleurs qu'ils ne connaissent pas vu qu'ils n'ont connu que la rue et APC, c'est un peu entrer dans une societe qui les maltraitait et leur donnait le statut d'infames affamés. On comprend donc que les premiers soirs leur consommation de colle ait ete abusive tant ils devaient se sentir seuls. Pourtant, les garder au foyer reviendrait a tout sauf a leur rendre service. La realite qui les attend est dure, sans les effrayer il ne faut pas la leur cacher. Raju, Pradip et Dinesh restent dans le programme Biya, tant qu'ils n'ont pas de salaire par leurs patrons APC leur procure logement et nourriture, mais aussi repere affectif puisqu'ils viennent regulierement au foyer laver leur linge, se laver, jouer avec les autres, discuter avec nous, etc. Pour l'instant, ils ont du mal a etre reguliers au travail, c'est pourquoi Herve et Raju leur ont donne 15 jours pour s'y remettre serieusement. Bien sur que si ce n'est pas le cas nous trouverons un moyen de ne pas les laisser retomber dans la rue mais sans que notre assistance devienne une dependance, en faisant en sorte qu'ils comprennent la necessite vitale de se prendre en charge.

Une autre evolution majeure qu'a connu Biya, et dont j'avais deja touche mot, est l'arrivee de Pushpa, l'educateur sportif qui a integre le staff en faisant de Biya son domicile. Raju partage desormais sa chambre avec lui. L'apport de Pushpa au niveau des activites sportives sur le long terme est essentiel et son investissement dans la vie du foyer est inestimable. Pushpa etait un enfant des rues, il a connu de nombreuses associations et foyers, aujourd'hui il est professeur de foot pour le Garuda Club dans lequel il est aussi joueur, il est etudiant en journalisme a l'universite (ou il ne met certes les pieds que pour les examens, mais bon comme beaucoup d'etudiants de part le monde et tout particulierement au Nepal), il est n°2 ou 3 nepalais en taekwando et donc maintenant educateur a Biya. L'exemple qu'il donne aux enfants est le meilleur possible, sa connaissance des enfants et son experience du fonctionnement des foyers apportent des competences nouvelles au staff en plus de soulager Raju.

Pour parler du sport en particulier, il a tout de suite fait siens les objectifs educatifs que j'avais mis en pratique, a savoir ameliorer le rapport aux regles et les capacites de concentration. Pour animer les seances a ses cotes, je peux affirmer qu'il fait en sorte de lier les situations, les contraintes montrees par le sport a celles des apprentissages et de la vie de tous les jours. Ses seances de taekwando pendant lesquelles les enfants sont en rang et doivent suivre les commandes pour realiser differentes prises sont des moments de pur bonheur pour moi tant elles sont pertinentes et tant les enfants adherent. Il a su egalement reprendre l'organisation hebdomadaire des seances sportives qui differencie les moments de "travail" et ceux de "divertissmenent". Ainsi, chaque semaine a un sport principal – foot, taekwando en priorite; judo ou volley sinon – qui compte 3 seances de "travail". A la fin de chaque seance ainsi que le jeudi, du badmington, du rugby, des jeux nepalais (je raconterai une prochaine fois) sont pratiques dans la seule optique de l'amusement. De cette facon, les activites sportives ont une reelle portee educative tout en s'adaptant aux enfants, a leur energie farouche et debordante, a leur cote refractaire a tout regle. Ainsi, Julien, etudiant en Master de managment sportif ou un truc du genre, a pu faire profiter aux enfants et a Pushpa de ses competences d'educateur de judo en mettant en place 3 seances de judo, en initiant Pushpa et moi et en nous laissant bientot des fiches techniques et pedagogiques qui permettront a Pushpa de pouvoir continuer seul l'initiation au judo. En plus, il a de magnifiques photos et videos de seances sportives dont il devrait bientot pouvoir nous faire profiter. Je sais que t'a beaucoup de boulot Julien, mais si t'as resiste a la tourista nepalaise un matin a 7h30 apres une seance de judo, je suis sur que tu peux faire ca.

Enfin, samedi 3, nous irons feter la Holi a Basantapur (le quartier historique de Katmandou) en rejoignant les enfants de Kalimati. La Holi est une fete religieuse, et donc sociale, qui rappellerait des exploits de Krishna, en particulier lorsqu'un jour il surprit ses bouvieres en train de batifoler (le Lonely s'arrete la, a vous de voir le lien). Normalement a cette epoque de l'annee, la saison seche est avancee et il commence a faire chaud – normalement car cette annee apres la neige il y a 15 jours (1ere fois depuis 62 ans dans la valle de Katmandou) nous avons parfois de la pluie et souvent du froid. Ainsi, l'eau dont les gens s'aspergent les uns les autres est censee evoquer la mousson. Holi est donc la fete de l'eau et aussi des couleurs, puisque ce ne sont pas seulement des bagarres d'eau qui ont lieu, mais des bagarres de poudres et d'eau teintee. Vu comment les enfants de Katmandou ont deja joyeusement debute ces bombes a eau depuis une semaine, je pense que ce devrait etre assez hallucinant. Cela fera beaucoup de bien aux enfants. Et aux nepalais en general. Car tellement chaotiques sont leurs conditions de vie et de survie pour beaucoup, et leur route vers un systeme politique qui en finirait definitivement avec la monarchie, le conflit maoiste et l'oppression du systeme des castes (je sais pour le dernier en particulier je reve).

En effet, la vie est rythmee par les coupures de courant (desormais 50h par semaines, avec calendrier des coupures par quartier), greves, manifestations et blocages, sans parler des violences encore perpetrees par des maoistes, du decalage burlesque entre le nombre de combattants maoistes (30 000) et le nombre d'armes remises a l'ONU (3 000 !) et des incertitudes pesant sur la tenue des elections mi-juin. Les revendications basees sur l'appartenance ethnique ou/et de castes se multiplient partout, notamment dans le Terai. Le Forum des Droits du Peuple Madhesi a pris la tete du mouvement qui secoue et bloque regulierement la plaine du Terai depuis mi-janvier, et dont les heurts ont deja coute la vie a une trentaine de personnes. En fait, les Madhesis sont les habitants originels de la plaine meridionale du Nepal qui depuis l'eradication de la malaria dans les annees 70 n'a cesse d'attirer les habitants des moyennes montagnes a la recherche de terres cultivables. L'identite "Madhesi" s'est forgee et exacerbee ces dernieres annes contre les "Pahadesi", les gens des montagnes. Soumis a l'oppression qui va avec le statut des basses castes, les Madhesi ont mis en marche un mouvement qui reclame des droits fondamentaux en meme temps que ses membres les plus extremistes se retournent violemment contre les Pahadesi (magasins brules, biens saccages, enlevements etc), bien que la plupart de ceux ci soient des descendants d'immigrants ou soint installes (maisons, cultures, commerces,etc) depuis des dizaines d'annees. Les revendications vont de la garantie de representation a tous les etages de l'Etat au droit a l'autodetermination, en passant par une structure federale, un systeme electoral totalement proportionnel (ils pensent y avoir interet en tant qu'une des communautes "ethnie-caste" les plus importantes du Nepal), la demission du Ministre de l'Interieur (rendu responsable de la repression des forces de police), l'elevation des victimes au statut de martyrs et par l'indemnisation substantielle des familles de victime. Le 1er Ministre leur a garanti par adresse a la Nation 49% des sieges dans la future assemblee constituante (systeme quasi-proportionnel a l'exception des regions isolees), un systeme federal, une representation assuree dans la fonction publique et des indemnisations. Il ne peut sacrifier son Ministre de l'Interieur, un de ses allies et piliers majeur du gouvernement comme des accords de paix. Il ne peut non plus ouvrir la porte a l'eclatement du pays en regions independantes. Pourtant apres 10 jours de suspension des blocages suite a l'annonce du 1er Ministre, le Forum a relance son mouvement. Il faut savoir que, le Nepal etant a 100% dependant de l'Inde pour le gaz, le petrole notamment et presque totalement dependant de sa frontiere sud (la seule en plaine) pour toutes ses importations, les greves, blocages de routes et de douanes paralysent le pays en tres peu de temps et rendent l'acces a l'essence et gaz tres difficile voir impossible.

Ce serait trop simple si la situation s'arretait la. La Federation Nepalaise des Nationalites Indigenes a a son tour lance des "bandha" (mouvements de greves, blocages et manifestations) partout dans le pays pour reclamer principalement un systeme federal garantissant l'autonomie pour les groupes ethniques ainsi qu'un systeme electoral totalement proportionnel. De plus, les Maoistes continuent a manifester et lancer des greves tres regulierement partout dans le pays. Ainsi, dans la vallee, les greves et manifestations ponctuent les semaines au rythme d'une tous les 2 ou 3 jours. En plus, les "bandha" (traduisible par "fermeture") ont pour fonctionnement de ne laisser aucun choix aux commercants, microbus, rickshaws, taxis, etc quant a l'exercice de leur metier. Dans la vallee, les commercants ont encore une marge de manoeuvre car ni maoistes, ni Forum des Madhesis, ni Federation des Indigenes ne dominent la situation au point d'exercer de violentes coercitions, meme si celles-ci existent. Par contre, dans le reste du pays, les bandhas paralysent les locaux par la peur, et de facon recurrente des clashs opposent les locaux aux maoistes ou Madhesi, et desormais de plus en plus Madhesi contre maoistes. Et lorsque l'association des entreprises et commercants d'un district a voulu s'elever contre toute cette agitation qui greve leur activite, elle n'a rien trouver de mieux que d'organiser... une "bandha" ! Tout en soutenant la demarche d'emancipation de toutes les franges de la population soumises socioeconomiquement par les systeme des castes, tout en comprenant leur mefiance a l'egard de l'Alliance au pouvoir, il me parait dommageable d'augmenter a ce point l'instabilite du pays qui a deja tant de mal a organiser les elections, et judicieux de laisser l'assemblee constituante regler ces problemes de fond. Car derriere ce bazar restent le Roi et l'Armee qui ne souhaitent que l'instabilite la plus totale pour refaire un coup de force. Quant aux maoistes qui ont cantonnes leurs combattants suite a l'accord de paix, ils sentent qu'ils perdent le controle de la situation au moins dans le Terai. Alors qu'ils refusaient jusqu'a present d'entrer au gouvernement interimaire, ils font tout pour que ce soit le cas ces prochains jours. Et en meme temps ils violent l'accord de paix en laissant nombre de leurs combattants sortir des camps, au pretexte partiellement fallacieux de mauvaises conditions de vie (attestees par l'Onu alors que le gouvernement a alloue les memes sommes que pour l'Armee...) et plus surement pour reoccuper le terrain. Et le peuple, au milieu de tout ca, a vu au moins 50 000 de ses enfants deplaces et autour de 10 000 devenir soldats chez les maoistes. J'arrete la car plus besoin d'en jeter. L'avenir proche et moyen termes du peuple nepalais asservi au present est donc d'une precarite a faire rougir le Medef francais. Mais a moins que les identites ethniques ne le fassent eclater, le mouvement de liberation est en marche.

Holi tombe donc a point nomme pour offrir un peu de detente aux nepalais et a leurs enfants. Autant ce peuple est grand, admirable pour sa capacite a tenir bon, a garder le sourire et le calme, a accueillir chaleureusement, a partager, a maintenir les solidarites familiales, etc dans ses conditions de survie. Autant il a des responsabilites dans la situation actuelle : patience, capacite a prendre son temps, croyances et superstitions qui confinent a la placidite et au fatalisme le plus anesthesiant ; situation des femmes, des enfants, violence economique et sociale des castes, violences du mari sur son epouse, violences de chacun sur l'autre plus faible, "l'inferieur". L'enfant des rues qui bat le chien. L'enfant des rues qui partage avec vous le gateau que vous lui avez achete. Tout dans un et un dans tout.

Le Nepal, c'est un peu ces contrastes tellement emmeles qu'ils n'en sont plus, ces melanges qui saisissent les emotions de leurs expressions les plus delectables a celles les plus revoltantes. Ici on se sent entraine a plus et mieux apprecier les cadeaux de la vie, a accepter l'infini complexite tout en etant toujours plus curieux de la comprendre et toujours plus decide a la modifier. Les forces, les effluves, les chocs entrainent a endosser l'humilite du "un" dans le "tout", a assumer les responsabilites du "tout" dans le "un" et a honorer la chance que nous avons d'avoir prise sur nos vies en la devorant avec gourmandise tout en la donnant avec passion.

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21 février 2007

Premiers Metres de Solidarite

Le 10 fevrier

 Premiers Metres de Solidarite

500 euros. 500 euros qui serviront a Pomme Cannelle pour ses programmes d’aide aux enfants des rues. Ce sont les 1ers “Metres de Solidarite” effectues dans le Langtang, et normalement 2 500 euros supplementaires suivront lorsque j’aurai gravi 25 000 autres metres de denivele positif cumule. Ces treks et peut etre le “trekking peak” que je vais faire auront lieu en avril et mai. En realisant mes Reves d’Himalaya, je recolte de l’argent pour la Solidarite envers les enfants des rues: pour 10m de denivele positif parcourus, je verserai 1 euro a APC. J’ai ainsi deja '"vendu" 30 000 m de denivele, et ne vous inquietez pas pour mes jambes, vous pouvez en ajoutez autant que vous voulez. Ce sera toujours ca de plus pour les enfants.

Au bout de plus de 2 mois de vie et travail educatif dans le foyer Biya, j’ai accueilli ma copine avec un enorme plaisir et j’ai pris quelques semaines de vacances.

 Nous sommes alles a Pokhara, a 200 km au nord ouest de Katmandou, ville qui est devenue la 2eme destination touristique du pays dans les annes 80 quand la route a ete construite et quand les treks des Annapurnas ont rencontre le succes que l’on sait. Elle comptait quelques 5 500 habitants en 1962, aujourd hui plus de 150 000. Nous avons profite de son lac Phewa, son calme, sa plaine, ses campagnes, ses collines avoisinantes, les gens de ses campagnes, … Mais pas de ses vues sur les Annapurnas, le Macchapuchare, le Dhaulagiri etc. Bah oui, la brume hivernale ne laissait rien percer, pas meme au lever du jour…

 Nous avons ensuite fait un petit sejour a Bandipur, a 2h de route de Pokhara en retournant vers Katmandou. Bandipur, village newar au destin contraire de Pokhara: jusqu’a la construction de la route goudronnee Katmandou – Pokhara, ce village blotti dans un col etait sur une des principales routes commerciales entre l’Inde et le Tibet, ce qui lui permit d’etre rapidement prospere après sa fondation qu XVIIIeme par des riches commercants newars exiles de Bhaktapur. Depuis que le goudron passe a 1h30 de marche plus bas, dans la vallee, Bandipur est quelque peu sorti du temps. Ce village semble s’etre echappe d’un conte de fees ou de la “Contree” des hobbits chere a Tolkien. En fait, il a tout simplement ete exclu de la modernisation socioeconomique qu’a amene avec elle la route. Comme toujours ici, le positif et le negatif s’entremelent a en devenir inseparables: au malheur de la fin de la prosperite commerciale s’est adosse le bonheur d’un refuge spatiotemporel ou, mises a part 4 voitures qui descendent des les gens par groupes dans la vallee, il n’y a pas de circulation, donc pas de pollution, pas de bruits, pas non plus de regne de l’argent. Les gens prennent leur temps, discutent, rient, les enfants offrent leur sourires en meme temps que leur namaste sans jamais enchainer sur “one chocolate” ou “one rupie”. Enfin un endroit ou nous ne sommes pour personne un portefeuille ambulant. La saison hivernale renforcait encore cette ambiance de calme surrealiste car les travaux des champs etaient au point mort. Entre ses sanctuaires, ses temples, ses maisons aux boiseries finement sculptees, ses collines, ses champs, ses jardins, ses rencontres, etc il y a de quoi se faire enivrer et rester ''bloquer'' longtemps dans cet ailleurs…

 Nous avons enchaine sur Gorkha, cite historique avec son palais­­-temple-forteresse juche sur une ligne de crete. Ce palais-temple-forteresse dedie a Kali est un des joyaux de l'architecture et de l'art nepalais. C'est de ce nid d'aigle que Prithvi Narayan Shah, alors a la tete du petit royaume de Gorkha, du rever de conquerir toutes les plaines, vallees, montagnes et cimes qui s'offraient a sa vue. Ce ne devait pas etre en janvier. En tout cas il fonda l'armee gorkha devenue si celebre avec des Tamangs, des Magars et Thakuris et après 27 ans d'attaques s'empara des cites royales de la vallee de Katmandou, de territoires indiens et tibetains et unifia ainsi l'ensemble du pays en 1767.

 Apres etre repasses a Katmandou, nous avons decouvert le Langtang par une semaine de marche. Ce massif qui s'elance a seulement 50 km a vol d'oiseau au nord de Katmandou, se rejoint par 3h de route pour sortir de la vallee et atteindre Trisuli Bazar puis 5h de piste au dessus des gorges de la Trisuli pour arriver a Dhunche (2030m), et encore 1h pour parvenir a Syabru Besi (1920m). De la nous nous sommes faufiles entre des montagnes aux flancs vivement abruptes des cette altitude et avons remonte la Langtang, ce torrent aux couleurs et musiques si changeantes; avec ses gorges, ses forets de feuillus, mixtes, de coniferes; avec ses cactus accroches aux pentes; ses oiseaux, ses si nombreux oiseaux; ses singes, ses vaches; ses dzos (croisement d'un taureau et d'une nak, femelle du yak), ses naks, yaks paissants dans la vallee qui s'elargit, occupee par der rases prairies, des epineux, des roches d'eboulis, de plus en plus de roches, du sable, des vautours, toujours ces montagnes aux flancs si abruptes. Et de ci de la depuis que les arbres se sont estompes et que la vallee s'est elargie, de ci de la, un bout de blanc. De blanc himal, ce blanc que les Alpes n'atteignent pas, ce blanc si eclatant, irradiant de purete et de force sauvage. Des bouts puis des flancs puis des masses et des pics et des glaciers. Apres 2 jours de marche pour atteindre Kyangjin Gompa (3 850m), l'Himalaya surplombe sa Langtang, sa vallee ici de cailloux et de sable et de poussiere, sa faune et sa flore, et ses hommes et femmes. Le Naya Kanga, le Ganchenpo, le Langtang Lirung. Leurs courbes, leurs arêtes, leurs domes, leurs pointes me seduisent, m'enchantent, m'emplissent de force. Ces courbes, ces aretes, ces domes, ces pointes; les hommes et femmes d'ici, elles les ecrasent. Et pourtant, les habitants d'ici ont la chance d'habiter a un endroit connu des trekkeurs, ce ne sont pas les plus demunis des montagnards, de loin s'en faut. Et pourtant, l'eloignement, les marches de ravitaillement, la rudesse du climat, l'aridite ambiante, … leur rend la vie dure. Tsiring, femme d'une quarantaine d'annee nee ici de refugies tibetains (le Tibet est a une poignee de kilo;etres, de l'autre cote de la barre du Langtang Lirung, a 2 jours de marche par le col le plus proche), n'aime pas ces montagnes pour la durete qu'elles lui infligent. Sa vie lui en a reserve assez. Femme dans une societe traditionnelle patriarchale. Pas mariee. Pas de papiers. Pour le gouvernement nepalais, ces refugies et descendants de refugies tibetains n'existent pas. Tsiring, comme son frere Tsering, appose a son prenom le patronyme "Tamang" sur les cartes du lodge qu'elle loue. Tamang, l'ethnie locale d'origine, de culture et de traits tibetains; "Tamang" pour passer inapercu. Un autre des tres nombreux tibetains rencontres a eu un peu plus de chance dans son malheur. Ayant fui son Kham natal (region de l'est du Tibet qui etait peuplee par des cavaliers qui firent parti des resistants les plus actifs et tenaces lors et après l'invasion chinoise) a l'age de 7 ans dans le sillage de ses parents et freres, il grandit dans la colonie installee aux abords de ce qui etait alors un camp de l'arme tibetaine  et put se marier a une Sherpa d'un village voisin (a 2 jours de marche). La proximite linguistique et religieuse et culturelle facilita ce genre d'union et permit a ce tibetain comme a d'autres de pouvoir s'immiscer dans la societe nepalaise reconnue par les autorites. Il a pu s'associer avec son beau-frere pour louer ce lodge plus bas dans la vallee. Lui, son epouse, ses 7 enfants incarnent une culture en exil. Les enfants etudient a Katmandou dans des ecoles tibetaines, etudes financees par la chance du trek et surtout par le gouvernement tibetain en exil. Cette famille, comme Tsiring, est souriante, chaleureuse, serviable, amicale. Contrairement a beaucoup d'autres locaux que l'afflux monetaire du trek a converti a l'esprit du business le plus feroce (3 bonjour sur 4 suivis d'une proposition de vente "pas chere" et meme une femme qui a reclame de l'argent parce qu'on avait photographie ses chevres!), ils n'ont rien cherche a nous vendre. Juste un accueil sympathique, juste une relation humaine. Et du miel sauvage d'Himalaya donne pour nos problemes gastriques. L'Himalaya represente a son echelle l'experience nepalaise: dramatiquement et inextricablement contrastee en meme temps que joyeusement magnifique. Ce qui insuffle autant de reflexions que de forces, ainsi qu'une sacree impatience d'y retourner.

 Merci a tous ceux qui ont offerts des Metres de Solidarite aux enfants des rues, merci a tous ceux qui m'ont soutenu, famille et amis en tete. Et merci a ceux qui souhaiteraient offrir encore plein de Metres de Solidarite aux enfants, en parrainner, a en parler autour d'eux…

 Les plaisirs des decouvertes, des rencontres, les forces himalayennes, le recul des vacances m'aident a reprendre le plus pertinement possible mon travail dans Biya. Quelques jours seulement et tant d'evenements. Je donnerai ces nouvelles tres prochainement. D'ores et deja, partagez le plaisir que nous avons eu d'apprendre que Rabi a trouve un emploi pres de son foyer familial. Il a commence a etre livreur d'une boucherie pour 3 000 roupies par mois (le salaire moyen) ! Le sourire qu'il arborait en venant nous annoncer la nouvelle (depuis 1 semaine il etait retourne chez ses parents pour un essai d'1 mois) est notre meilleur carburant. Biya n'a certes pas forme Rabi a ce métier mais les differents programmes de Pomme Cannelle lui ont permis de ne pas sombrer puis de se resocialiser petit a petit. Son insertion n'est pas definitive, en tout cas la nouvelle est excellente.

 La prochaine fois je m'etalerai (le mot est juste, hein papa et grand frere?!) sur l'autonomisation progressive des 3 plus grands qui logent desormais dans "leur" chambre pres de leurs lieux de travail, chambre payee par Pomme Cannelle qui permet de les garder dans le dispositif Biya tout en preparant leur sortie. Je parlerai egalement d'autres tentatives de retour en famille, d'arrivants de Kalimati et du bien qu'a fait l'arrivee de Pushpa dans le foyer, en sachant que desormais il y vit et s'y investit avec autant d'envie que d'attention. Ce sont les enfants qui sont contents. Et Raju aussi, Il a pu prendre une semaine de vacances!

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05 janvier 2007

Faits de fin d'annee

Le 2 janvier 2007

            Le Nepal ne connait pas les joyeuses affres de Noel. Ni celles du Jour de l’An qui a lieu le 13 ou 14 avril. Ou plutot le 1er jour du mois de baishak, 1er mois du calendrier lunaire nepalais, le Bikram Samvat, qui a debute 57 ans avant l’ere chretienne. Pour autant, ce qui est pour nous la “fin d’annee”, a ete riche en faits a Biya.

Tout d’abord, nous avons fait avec quelques allees et venues et une arrivee. Ces deux dernieres semaines Binod (le petit, celui a la voix deraillee) et Bikram sont alles passer des journees et nuits dehors avant de revenir comme si de rien n’etait 2 ou 3 jours plus tard. Arrives certes il n’y a que 2 ou 3 mois a Biya, Binod fait pourtant partie des 5 grands volontaires qui suivent quotidiennement des cours tandis que Bikram etait aussi fier que les autres apprentis menuisiers lorsqu’ils ont fini la fabrication des tables pour notre ecole. Ces “sorties” sont evidemment des signes patents de leur dependance a la rue, aussi forte que l’effet de la colle qu’ils ont ingurgitee et qui les a fait s’endormir avant meme le dal-bhat du soir. Ces retours sont le reflet du travail “d’accrochage” deja accompli, de l’espoir a garder dans leur lente insertion; ils rafraichissent nos forces et convictions pour perseverer dans l’accompagnement quotidien, pour affronter l’inattendu, l’incomprehensible, l’incontrolable.  

Nous avons egalement vecu la fin du travail de Gilles. Son action inestimable perdure donc puisque les tables ont ete finies après son depart et que Budha assure pour l’instant la continuite des fabrications. Merci infiniment.

Quant a Shyam, il fait desormais parti de l’equipe de Kalimati.

A ces departs a repondu l’arrivee de Kumar [voir album Kakani]. Il rejoint le programme “transit” de Biya, celui qui s’adresse aux plus jeunes. Lorsqu’ils sont suffisament regulier a Kalimati et qu’ils expriment eux-memes la volonte de venir a Biya – comme Kumar, les enfants des rues de 8 a 12 ans environ viennent vivre a Biya afin de s’eloigner de la rue. Beaucoup trop jeunes pour suivre une formation professionnelle et bien trop effarouches par la societe pour suivre une scolarite classique, ces enfants suivent donc les cours de Miss Laxmi.

Le petit Kumar avait ete precede par deux petits chiots donnes par Didi la cuisiniere. Tony et Jony, selon la version la plus courante des enfants, ont ete chaleureusement accueilli et sont bien soignes [voir album “Ces derniers temps]. Voir ces enfants couvrir ces chiots de tant de ce qui leur a manqué est touchant.

Mais comme toujours ici, a une sensation agreable repond une autre bien moins sympathique : j’arrive pas a ne pas penser aussi dans ces moments la que les chiots doivent profiter a fond maintenant car plus grands ils ne seront pas traites de la meme facon… (amis defenseurs des animaux ou idealistes du bouddhisme ou de l’hindouisme, le Nepal n’est pas fait pour vous !) 

Pendant ces mouvements, l’ecole de Biya a donc recu de l’atelier menuiserie 3 tables qui completent les bancs livres plus tot [voir album “Ces derniers temps]. A l’autre bout des maillons de la socialisation, Prabin, Basanta et Rabi ont rejoint Dinesh en stage en entreprise mecanique. En fonction de leurs possibilites et competences, ils ont differentes taches a accomplir et restent egalement plus ou moins en formation interne. Ainsi, avec Raju, Pradip (actuellement malade) et Akash, ce sont 7 jeunes de Biya qui suivent leur formation professionnelle en “workshop” [voir album “Ces derniers temps].. Ils ont tant marche depuis qu’ils vivaient dans la rue. Il ne leur reste que quelques pas a faire, surtout Raju et Dinesh. Ces pas, ces derniers pas si durs et qui doivent leur sembler si gigantesques.

Quant aux activites sportives, la programmation hebdomadaire avec les deux presences obligatoires par semaine et le systeme d’inscription des noms sur une affiche (avant et apres chaque seance) tient la route et permet, du moins je l’espere, de stabiliser le travail educatif sur les regles et la concentration au milieu des hauts et des bas. En tout cas, lorsque c’est un jour avec, leur progression en foot et volley est indeniable.

Pour completer ces axes de travail qui sont loin d’etre toujours performatifs, j’ai continue a etablir des regles pour les foot matinaux. Le temps maximum est de 6 minutes et la definition des endroits consideres comme en touche s’est precisee. Afin de faire vivre et comprendre a chacun les difficultes et les interets de tenir les regles et de les respecter, je les fais arbitrer [voir album “Ces derniers temps]. Je les accompagne plus ou moins suivant les besoins et leur timidite. Ainsi, quand l’un d’entre eux crie sur l’arbitre, je lui rappelle que quelques minutes auparavant c’etait lui l’arbitre et que lui aussi avait fait une erreur mais que les autres avaient respecte sa decision. Et puis 6 minutes ca passe vite, ils ont donc vite compris que les contestations leur faisaient perdre du temps... Ces sensibilisations a l’interet des regles fonctionnent globalement tres bien. La plupart veulent etre l’arbitre, tenir le chronometre (ca je savais que ca les attirerait) et pouvoir crier « touche », « faute », etc Il faut eviter qu’ils en profitent pour dominer les autres ou regler des comptes. A part ca, tres bien, au point que cela est devenu une difficulte supplementaire pour moi... Bah oui, en plus des tours d’equipe et de veiller au bon deroulement sur et en dehors du terrain, il faut que je gere les tours d’arbitrages et les lots de contestation qui vont avec... Mais bon, je suis loin de me plaindre de voir Nabin y prendre tant de plaisir et etre si pertinent, de voir Kaila devenir subitement timide lorsqu’il a le droit de commander en criant, pour ne citer qu’eux...

Le Garuda Club a encore attire d’autres de nos jeunes. Ils sont desormais 15 a y aller, et depuis le debut un seul abandon est a noter.

Quant au rugby, je me suis bien amuse a faire pas mal de passes avec certains. Avec la balle, ils ont bien le « Racaou Style » (le style du Rugby Club d’Orsay), que ce soit pour jouer ou poser...[voir album « Ces derniers temps »]. Les premieres vraies seances etaient prevues pour cette semaine mais un educateur sportif nepalais est depuis ce lundi a l’essai. C’est Pushpa, le coach du Garuda Club. Je vous reparlerai de lui la prochaine fois, cependant je pense ne pas trop me risquer en disant que je suis d’autant plus heureux de perenniser le travail educatif par le sport que c’est lui qui devrait en avoir la charge.

Un autre fait marquant est la sortie que nous avons fait un samedi, le 23 je dirais. Le samedi etant le dimanche nepalais, nous sommes partis toute la journee picniquer a Kakani, a une vingtaine de kilometres ou plus d’1h de Katmandou, a 2000 m et des poussieres, donc avec vue proprement magnifique sur les vallees de la Trisuli, les flancs des montagnes du Pahar, l’Himalaya, et la Vallee de Katmandou.

Le picnic etant une institution sociale au Nepal, Raju et moins etions alles la veille reserver l’emplacement et l’arrivee d’electricite. Oui, un bon picnic nepalais ne peut se faire sans musique et danse (encore moins que sans alcool), d’ou l’indispensabilite de l’electricite. Le picnic est donc une des activites collectives de détente les plus prisees par les nepalais de tout age et de toute condition. Bon, a Kakani, ils etaient pas de n’importe quelles conditions, vu que le site est tres apprecie et vu les quantites, la diversite des mets prepares, vu la quantite de serveurs utilises… Par contre, ils etaient bien de tout age. Et comme tout les Nepalais qui vont en picnic, les jeunes de Biya aussi se sont fait tout beaux. La veille, douche pour tout le monde, meme ceux les moins portes sur la proprete, ainsi que lessive pour la plupart. Et le matin, a 6h, tous les enfants frais et dispo dans leurs vetements preferes.

Rien que la deja, l’importance de ce genre de sortie est bien palpable. Elles font enormement de bien aux enfants, qui peuvent profiter de moments de detente socialement cotes. Elles font egalement beaucoup de bien au staff, qui peut partager ces moments avec les enfants en etant loin des contraintes et tensions de la vie quotidienne du foyer. Le picnic de Kakani a permis de revivifier, developper, susciter des relations affectives, d’echanger des rires, de stimuler des complicites. L’equipe etait au complet et meme plus : Budha, Bhuwan, Miss Laxmi et sa soeur, Didi et ses deux cousines, bien sur Raju, et moi. Grace a tous, nous avons prepare et deguste un veritable festin. Ne me demandez pas les noms des 3 preparations de legumes qui accompagnaient le poulet tandoori, ne me demandez pas non plus comment s’appelle le riz avec les raisins secs, noix de coco etc. Comme pour les autres plats grignotes, je ne me souviens plus. J’avoue, j’ai prefere m’emplir l’estomac plutot que m’encombrer le cerveau.

Le temps de preparation et celui de digestion nous ont permis de nous balader, jouer au badminton, chamailler, jouer au catch, flaner, discuter, jouer au tir a la corde, a la corde a sauter, etc. Et ecoute de la musique, evidemment. Danse aussi, mais beaucoup moins que les groupes voisins. C’est que presque tous les jeunes, en chemise ou en tee-shirt de hardrock, avec leur malice ou leurs grands airs, sont terriblement timides... Cette face la, ils ne nous la montrent pas au quotidien. Et bien que nous la connaissions, ces rappels sont tres utiles pour toujours garder a l’esprit l’ensemble des facettes des enfants, celles qu’ils montrent comme celles qu’ils cachent, celles qui plaisent comme celles qui enervent.

A Kakani comme ailleurs, avoir un appareil photo avec les enfants n’est pas toujours facile. Quand vous vouliez prendre une photo, vous vous en sortez bien si vous en avez pris 5 (vous voyez les photos devant le Bouddha au Swayambunath ? j’avais du en prendre une pour chacun !). Et bien entendu, pour en avoir des sur le vif, il faut autant de discretion que de chance, car Biya a des airs de theatre tant les enfants aiment poser dans des postures et expressions que je ne leur connais que devant l’objectif. Tout ca pour dire que face au nombre de photos ou ils ont ete pris, on essaye de leur en faire profiter. Pas devant l’ordinateur, sinon ca degenere vite en pugilat pour avoir la meilleure vue, ou en marche a la criee pour reclamer la photo souhaitee. On fait de temps en temps des petites sessions discretes avec les uns ou les autres. Mais le meilleur systeme est d’en developper et de les afficher sur des panneaux aux murs.

Cependant ce systeme ne repond pas a une des attentes principales des enfants : etre considere en tant qu’individu et pas seulement en tant que membre du groupe. Alors je me suis dit que cela pourrait leur plaire d’avoir chacun une photo de soi. J’ai preselectionne 3 ou 4 photos par enfants, leur ai fait choisir sur l’ordinateur puis les ai fait developper. J’ai ajoute une sucette et des bonbons par personne, et chacun a pu ouvrir son enveloppe. Il est clair que j’ai eu plaisir a faire ce geste, mais je pense que si on s’occupe des enfants des rues, c’est evidemment pour leur bien etre, mais aussi pour le notre, sans quoi nous ne serions pas la pour construire leur autonomie, sans quoi nous ne pourrions le faire.

Ils ont regarde les photos des uns et des autres, quelques uns m’ont pris dans leur bras, certains ont tenus a etre pris en photos avec moi, etc. Surtout, certains m’ont reclame une photo d’eux en train de travailler afin de la montrer a leur famille.

Au milieu de ces faits et tant d’autres, mes sensations ont tendance a suivre le meme cours que la vie quotidienne avec ces jeunes : riche, tendue, joyeuse, variee, triste, en progres, instructive, extenuante, en regression, souriante, bagarreuse, ... Les reussites se melent aux echecs, les satisfactions des apports diluent les limites et imperfections de l’action, les sourires facetieux traversent les turbulences incessantes, la force de ces enfants resiste a la violence sociale, ... J’ai besoin de m’extraire, de me rafraichir. Entre autres, je vais dans l’appartement de Gilles, je passe une soiree dans une maison d’expatriee des Droits de l’Homme, maison avec terrasses, jardins, gardien, jardinier, multiples salles de bains, ...  La encore des vagues instantanees d’emotions insaisissables s’entrechoquent, un meme fait genere des sensations contradictoires qui s’unissent dans une meme cascade. Plus possible d’y faire le tri. Entre frugalite quotidienne et confort hebdomadaire. Entre des richesses indecentes et  des injustices transpercantes. Entre des miseres affectives et du luxe irreel. Entre la venalite, la perversite des hommes quels qu’ils soient ou qu’ils soient, et leur humilite astucieuse, leur sagesse solidaire. Face a l’epouvantable, ou le beau, ou les deux je ne sais plus, des montees de cynisme amer et acerbe. Face au magnifique, ou le laid, ou les deux je ne sais vraiment plus, les plaisirs et satisfactions renforcent les convictions et l’espoir.

PS : l’album photo « Special Grand Mere », c’est quoi ? Je suis sur que vous vous posez la question. En fait, il rassemble uniquement des photos de moi. Oui, ma grand mere se desolait de ne pas assez me voir sur les photos, alors pour combler ce manque je lui fais ce cadeau.

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12 décembre 2006

Des jours sans et des jours pleins. A propos des progressions et de la violence

 

Biya, le

10/12/06

 

Des jours sans et des jours pleins. A propos des progressions et de la violence.

 

C’est comme ca, il faut s’y faire. Plus au Nepal qu’en France. Et encore plus a Biya que n’importe ou au Nepal. Il y a des jours avec et des jours sans. Sans rien qui marche, rien de rien.

Exemple. L’autre jour, la journee n’avait meme pas encore eu le temps de commencer que les desagrements s’empressaient de nous taquiner. 6h, Raju a semble-t-il decide d’envoyer des sms, et surtout de passer un coup de fil. Certes joviale cette discussion telephonique, mais bien matinale tout de meme. Bon, ok, visiblement la seule chose a faire est de se lever. Se debarbouiller le visage ? (pas a l’eau chaude, c’est un luxe au Nepal) Pas possible, pas de flotte. Raju ou Budha ont ferme le systeme de pompage qui eleve l’arrivee d’eau sur le toit ? Bah non, meme pas. Il n’y a plus d’eau dans la cuve, et plus du tout d’arrivee d’eau. Ca arrive frequemment ici. On fera donc avec l’eau de la «pompe- fontaine », cette pompe a eau inbuvable meme avec les pastilles purifiantes. (Pour info, l’eau « potable apres pastille » est revenue hier et repartie aujourd’hui)

On compte alors sur le dal-bhat pour se requinquer. Les taquineries se poursuivent : les cuiseurs ont touche a leur fin. Le temps d’aller en acheter d’autre, la cuisine a pris beaucoup de retard. Bon d’accord, on patiente.

Debut d’apres midi. Coup de fil sur le portable de Raju (manager). C’est l’atelier dans lequel Raju, Pradip et Akash sont en stage. Raju s’est blesse avec une machine, il faut l’emmener a l’hopital. Effectivement, la derniere phalange et l’ongle de son majeur de la main gauche ont ete presque arraches. Il s’en tire avec 5 points de suture, un pansement a changer tous les jours, des anti-inflammatoires et une grosse frayeur. Son stage reprendra plus tard...

Apres les formations, c’etait volley au programme. Contrairement a la semaine passee, la douzaine de participants ne veut pas faire d’exercices. En fait, elle veut pas faire grand chose, si ce n’est mettre des grands shoots dans la balle ou alors se la lancer les uns sur les autres. Et rien ne sert de crier, il faut calmer a point. Mon seul recours est mon adaptation car Raju est en demarches a l’exterieur, Shyam en formation en Inde et Budha les tient encore moins que moi. Alors vu qu’ils sont trop excites pour faire autre chose que se defouler, et bien le but va etre de faire des « passes »... le plus haut possible. Comme ca ils seront contents et faut bien qu’ils fassent le geste de la passe – c’est le plus efficace pour balancer la balle le plus fort et le plus haut. Ca tient la route 20 minutes et apres match. Ou « pseudo match ». J’ai bien compris qu’ils ne veulent pas et ne peuvent pas aujourd’hui faire autre chose que se chamailler, se marrer comme des baleines a la moindre pecadille, etc, alors j’accepte, cadre juste pour que cela ne derape pas et moi aussi fait le mariole avec la balle. Comme ca je me les mets dans la poche pour plus tard en les laissant epuiser leurs envies de faire n’importe quoi avec la balle pour que ca aille mieux demain. (Et ca ete beaucoup mieux).

En matiere de derapage, 1 ou 2h auparavant, il s’etait passe quelque chose de lourd, tres lourd. Les desagrements ne sont plus taquins ni meme insolents mais violents. J’etais en train de faire ma lessive a la pompe-fontaine avec quelques enfants, les formations allaient bientot se terminer et l’ecole a domicile des petits (voir plus bas) etait finie depuis quelques minutes. Kaila et le petit Sunil dit Moussa (« souris » en nepali) voulaient aller aux toilettes. Qui en premier ? Anodin comme question, non ? Pas pour eux. Ils se bousculent. Moussa, qui pourrait en depit de sa tete toute mimi et de sa bonne humeur indefectible aussi etre appele « langue de vipere », commence a user de qualificatifs peu elogieux a propos de la mere de Kaila. Kaila replique en frappant Moussa qui s’empresse de trouver un cable electrique et de fouetter Kaila qui se met a courir apres Moussa, a attraper une brique, de bloquer Moussa et de commencer a frapper sa tete a coups de briques. Heureusement, Gilles et Budha interviennent avant le 2eme ou 3eme coup. Kaila est comme possede, il profere des torrents de paroles qu’on a pas besoin de comprendre pour savoir qu’il s’agit d’insultes et de menaces. Gilles le bloque, lui met la main sur la bouche et le porte a l’exterieur. Apres plus de 15 minutes, il sera pret a donner (a peu pres) calmement sa version des faits, qui avec celle de Moussa donne le deroulement ici resume.

Kaila est veritablement ne dans la rue, il n’a connu qu’elle. Ainsi il a du faire la connaissance et devenir intime avec la violence de la survie, de l’exclusion la plus terrible qu’il soit, avec la sauvagerie du mepris le plus complet d’une societe entiere [voir Album « Des enfants toujours dans la rue »]. Je n’ai pas a en divulguer plus sur lui ni sur Moussa. Cela doit suffire pour comprendre ces impressionnantes doses de violence qu’ils ont ingurgite. Elle est toujours la, quelque part au fond d’eux, quelque part dans leurs chamailleries, dans leurs jeux de bagarres, dans leur allergie a toute autorite. Mais elle a ete tellement diminuee par les soins, l’attention, l’amour, les programmes d’APC. Elle est encore la, elle peut eclater dans de telles proportions mais meme celles-ci ne sont rien par rapport aux bagarres qu’ils avaient dans les rues.

Il est indispensable pour leur avenir de condamner ces comportements, de leur montrer qu’il y a d’autres facon de regler les conflits. Bien sur. Mais il est aussi incontournable de garder a l’esprit que la societe nepalaise est malheureusement mais eminemment violente. Dans son systeme de castes, dans sa pauvrete, sa misere, ses inegalites, ses injustices, son traitement des femmes, des enfants, des questions politiques, j’en passe et des meilleures.

Toujours est-il qu’hier, lors de la reunion hebdomadaire, le staff, par l’intermediaire de Raju puis Bhuwan, a trouve une bonne facon de soulever tout le poids de ce probleme de violence. Tres calmement, sans mises a l’index trop humiliantes, avec pertinence et fermete. Raju leur a pose la question de ce qui se passerait s’il y avait un mort. Silence total (rarissime). Il leur a repondu que Biya devrait alors fermer, qu’ils devraient retourner a la rue, que Herve, qui fait tout pour eux depuis si longtemps, aurait a faire avec la justice voir meme la prison, et que ce serait pareil pour eux. Bhuwan a pris le relais en disant qu’on comprenait et tolerait leur agressivite, leurs chamailleries. Mais qu’ils devaient se poser des questions sur la chance qui leur etait donnee. La chance d’etre heberge, nourri dans une association ou nul ne leve la main sur eux. La chance, contrairement a beaucoup de nepalais dont lui meme, d’avoir matin et soir des lentilles a mettre dans le riz, ainsi que des legumes a chaque fois differents. La chance de dormir seulement a 4 ou 5 par chambres alors que presque partout ailleurs au Nepal une dizaine de personnes au bas mot y dormirait. La chance d’avoir la tele avec autant de chaines, la chance d’avoir une formation a un metier, de pouvoir faire des sports. Il leur a dit que vu leur passe, leur situation, ils la meritaient cette chance mais qu’ils devaient aussi faire en sorte de la saisir, et au moins de ne pas la gacher.

 

Il y a egalement des jours avec. Ou des jours plein. Plus exactement plein de bonnes choses, car tous les jours sont plein.

Pour commencer, une institutrice a enfin ete trouvee et « l’ecole de Biya » a pu debuter lundi dernier [voir Album « Educations »]. Chez les petits, seul Raju (bah oui, y en 3 : le manager, le grand et celui-ci, le petit, grande gueule ultra-sensible) continue d’aller a l’ecole publique, car celle-ci n’est pas du tout adaptee aux difficultes et caracteres des autres, a savoir Nabin, Ajit, Himal et Kaila. Quant a Moussa, il aurait pu continuer d’y aller, mais il a peur de son professeur qui frappe souvent les eleves. Ainsi, cinq fois par semaine, de 11h a 15h, Ajit, Nabin, Moussa, Himal et Kaila suivent les cours de Mlle Laxmi Butwal. En presence de Raju, elle apprend progressivement a contenir ces enfants et a adapter les methodes d’apprentissages ultra-traditionnelles a leur esprit farouche. Ainsi, les pauses sont frequentes et les jeux sont utilises afin de construire une relation de confiance et de proximite. 

A partir de 9h30 – 10h (rappel : au Nepal les horaires sont aussi instables que la situation politique), ce sont les grands en formation qui peuvent suivre des cours. Le premier jour, les douze concernes etaient presents. Vendredi, ils n’etaient plus que huit, mais au moins ces huit sont volontaires et assidus, et pour eux la classe sera efficace. Quant aux autres, vu d’ou ils viennent, c’est deja un enorme succes qu’ils apprennent un metier.

 Les jeunes en stage sont reguliers dans leur presence, plus que dans leur respect des horaires. La menuiserie est satisfaite de Pradip et Raju mais trouve que Akash a encore des difficultes pour bien saisir ce qui lui est demande. Le magasin-atelier mecanique est lui tres content de Dinesh. Quant a Prabin, il etait alle en stage de sa propre initiative et Bhuwan l’a vite repris en formation. Celle-ci doit etre completee pendant une quinzaine de jours, puis il pourra tout comme Rabi aller cette fois-ci reellement en stage. Il est egalement question que Basanta les suivent un peu plus tard. En menuiserie, Sunil est presque pret a lui aussi aller travailler dans un « workshop ».

Comme les photos le prouvent [voir Album « Educations »], Bhuwan sait interesser les jeunes, les capter par de la pratique et leur donner les quelques bases theoriques. La formation menuiserie marche egalement bien en ce moment. Budha approfondit sa formation avec plaisir et devrait pouvoir maintenir le fonctionnement et l’utilite de l’atelier le temps qu’un professionnel puisse etre recrute. Sunil, Binod, Lalu et Bikram ont d’apres Gilles passe un cap dans leur progression. Le fait d’avoir termine les etablis les a emplis de fierte et permet des conditions de travail bien meilleures. De cette facon, Gilles peut leur donner des travaux precis, adaptes a leur niveau, ils peuvent travailler tranquillement et Gilles peut facilement suivre l’evolution de leur travail. [Pour des infos plus precises sur la formation menuiserie – et pour un point de vue complementaire sur Biya, rendez-vous sur le blog de Gilles http://apcbiya.blogspot.com].

Un autre evenement a prouve l’attachement profond ou formel des jeunes a leur formation. En effet, comme trop souvent, certains sont arrives avec une dizaine de minutes de retard au commencement de la formation, le temps de fumer une cigarette qu’ils auraient pu prendre avant. Et comme pour certains l’argent de poche etait deja coupe en vertu de ces retards, Gilles et Bhuwan deciderent de marquer le coup autrement : prive de formation pour ce jour avec interdiction de rentrer dans Biya le temps de celle-ci. Et bien, ils ont reclame un bon moment de rentrer et faire la formation, puis apres s’etre rendu compte que leur insistance etait vaine, se sont bien ennuyes a l’exterieur. Malgre leur fanfaronnades, ils ont ete plus ou moins vexes et depuis ils sont a l’heure. Cela prouve donc qu’en depit de leur concentration et investissement pas toujours eleves ils apprecient suivre une formation ; que ce soit parce qu’ils sont reellement interesses au sujet, ou parce qu’ils apprecient faire des choses d’adultes, ou les deux a la fois.

 

 En sports egalement une progression generale se dessine a travers les pics et gouffres de concentration et de presences. Parfois, l’excitation atteint des extremites, leur turbulence structurelle devient ouragan passager. Dans ces cas la, mes objectifs sont de faire tenir certaines limites de base et de les faire se defouler le maximum. D’autres fois, je parviens a faire des activites sportives de veritables seances ou les jeunes voient l’interet et leurs capacites a suivre des regles et a se concentrer. Et etant donne qu’avec ces regles et cette concentration ils realisent forcement des gestes et actions meilleures que d’habitude, il est possible de les valoriser et on passe de bons moments.

Afin de particper a leur structuration, j’ai mis en fonctionnement un « programme hedbomadaire » des activites sportives. Pour rester dans le juste milieu entre trop de regles et pas assez, je sais que ce programme est en partie indicatif. Je propose volley deux jours d’affile puis football. La premiere seance est censee contenir 45 minutes d’exercices et 30 minutes de matches. La seconde 20 minutes d’exercices et 1h de matchs. Les jeunes doivent s’inscrire a au moins 2 de ces 4 seances sur le programme affiche dans la salle commune.

Chaque matin de 8h- 8h30 a 9h – 9h30, pendant que le dal-bhat cuit, je fais du foot avec eux dans la cour. C’est du 2 contre 2 sans gardien et avec une brique comme cage, brique a renverser pour marquer, et a chaque but l’equipe perdante sort. A ces moments la, on est plutot dans l’informel. Meme entre eux ils respectent certaines regles mais pour d’autres c’est n’importe quoi et surtout les plus grands se debrouillent pour jouer dans plusieurs doublettes ou avant leur tour, et ce au detriment des petits. En plus, avec les aller et venues a l’exterieur, cela devient vite la foire d’empoigne pour savoir a qui est le tour. Alors je profite de ces 2 contre 2 pour poser quelques cadres : si un jeune sort de Biya (c’est 9 fois sur 10 pour fumer), il ne peut pas reprendre le jeu. Chaque joueur ne peut avoir qu’une equipe et je suis le seul abilite a arbitrer. Cela se passe maintenanant tres bien. Pour dire, certaines fois je ne vois pas tout car je dois eviter les tros grosses querelles et autes chamailleries sur le bord. Et bien dans ces moments la, en cas de litige, je demande aux joueurs ce qui s’est reellement passe et ils me disent tout de suite la verite, ou alors tente de m’amadouer avec un tel sourire que cela equivaut a une reconnaissance du repect de l’esprit des regles.

Deux fois par semaine, je propose des marches matinales. On en fait dans les villages et la campagne alentours, aux jardins de Balaju et surtout au Swayambunath car c’est ce que prefere les enfants [voir Album « Marches matinales »]. De plus, avec Raju, on est en train de negocier avec l’armee pour avoir un passe a l’annee pour la reserve de Nagarjung. En effet, nous sommes au pied de cette « colline » de 2100m et de la foret qui la recouvre. Agrementee de nombreux camps militaires, cette reserve reste tout de meme un tres bon endroit pour se balader au calme, dans la nature et pour diversifier un peu les destinations des marches matinales.

Dans 15 jours ou 3 semaines, je remplacerai le volley par le rugby car je me sens presque capable de leur faire pratiquer ce sport de combat, en sachant qu’ils ont d’importantes differences de gabarit et de non-negligeables disposition a se battre. Je ferai de l’initiation, amenerai progressivement les contacts et devrai pouvoir faire avec un groupe de jeunes vraiment interesses. Nous verrons en temps et en heure.

Le football reste, et de tres loin, leur activite favorite. Je m’adapte. Et nous avons trouve un moyen de tirer le meilleur de cet interet. En effet, Herve m’a parle d’une association qui organisait des entrainements et tournois pour enfants en difficulte, le « Garuda Club ». J’ai donc pris contact avec son president et l’ai rencontre. Leur but est de proposer a ces jeunes une insertion socioeconomique en devenant footballeur professionnel. Aujourd’hui, trois joueurs de 1ere division et 5 de 2eme division sont issus de ce club dont l’equipe senior joue en 3eme division.

Pour nous, les objectifs different. Il s’agit de stimuler la resocialisation de nos enfants en les faisant se melanger a d’autres enfants, en leur faisant suivre le cadre et les consignes d’entrainements longs de 2h. La participation a ce club et peut etre au tournoi de fevrier est en quelque sorte une etape, un des sas intermediaires vers l’insertion dans la societe dans son ensemble. Un autre type d’objectif concerne la dimension physique : les amener a prendre conscience de la necessite de prendre soin de leur corps. Pour eux, courir pendant 2h, c’est dur. Alors cela peut favoriser une transition vers une meilleure hygiene de vie, moins de cigarettes et de majijuana, et s’eloigner definitivement de la colle. De plus, ces entrainements du samedi et dimanche comporte d’autres avantages. Avec les tenues que nous leur avons achete et confectionne a partir des maillots apportes de France [voir Album « Garuda Club »], nos jeunes sont tout fiers et tout heureux. Ainsi, cela participe a la revalorisation de leur estime et a leur attachement aux differents programmes d’APC. Ce dernier point est pour nous le but fondamental en ce qui concerne les plus petits, pour l’instant Nabin, Ajit et Bikram et bientot Himal, Binod « Vador » voir Kaila. Encore plus que pour Sunil, Rabi, Ramesh, Lalu et Binod qui sont plus grands et plus anciens dans Biya, la participation a Garuda est pour ces petits qui sont arrives il y a peu a Biya une bonne maniere de les faire apprecier ce foyer et de leur donner l’envie d’y rester et d’y progresser.

Alors, le samedi et dimanche, je leve ces 5 (la semaine derniere) puis 8 jeunes (hier et aujourd’hui) a 5h30. Nous prenons un petit dejeuner sur la route, 2 « malpa » (sorte de beignets), 1 oeuf, 1 banane, 1 orange et 1 the. Puis nous prenons un micro-bus jusqu’a Kalinki a l’ouest de Kathmandou (nous sommes au nord- nord ouest) et marchons 10 minutes pour atteindre le terrain (un vrai terrain, avec de l’herbe et tout, si si je vous jure !) prete par l’ecole Lincoln, ecole americaine comme l’indique son nom. De 7h a 9h, l’entrainement se deroule sous les ordres d’un coach, Pushpa Magar, qui semble beaucoup apprecier les enfants, et parfois avec le concours de ces joueurs devenus professionnels.

Desormais presque tous les enfants veulent y aller. En accord avec Herve, nous allons suivre leur desir en achetant chaussures, chaussettes et short, et en faisant raccourcir d’autres maillots apportes de France. Mais s’ils ne sont pas reguliers, leur equipement sera repris, servira pour un autre et ils ne feront pas parti de l’equipe qui participera au tournoi, si tout se passe bien d’ici la... Cette equipe comprendra egalement des jeunes du foyer de Balkendra qui viennent le samedi, accompagne par Bikesh. Quant a moi, je vais utiliser la « mise en scene » de l’entrainement (mise en tenue, footing, etirements, etc) et m’inspirer des exercices observes pour rendre plus attractifs et constructifs mes propres seances. A ce propos, les jeunes se sont plaints lors de la reunion de samedi de ne pouvoir s’entrainer au foot que 2 fois par semaine. Calmement mais fermement, je leur ai juste rappele que je propose depuis 15 jours 2 seances et que c’est eux qui pendant ces seances ne veulent pas courir pour s’echauffer ni faire des exercices. Je leur ai donc dit qu’ils etaient un peu gonfles – par exemple Ramesh s’est beaucoup plaint alors que cette semaine j’ai du beaucoup le pousser fortement pour qu’il participe aux seances de foot dans lesquelles il n’a pas voulu faire d’exercices... Je leur ai demande si on etait bien d’accord, s’ils voulaient vraiment faire ces veritables entrainements et leur ai signifie que dans ce cas il fallait etre regulier et concentre. A l’unanimite oui. J’en suis tres heureux. A suivre.

 

 Comme vous pouvez le voir, nos jeunes sont assez performants pour demander, reclamer. Etant donne qu’ils n’ont rien eu aussi bien materiellement qu’affectivement pendant si longtemps, cela est facilement comprehensible et le plus souvent legitime. Il est de ce fait necessaire de repondre aux demandes pour leur prouver l’affection et la confiance auxquelles ils ont droit. Dans le meme temps, ces reponses doivent comporter le cadrage, la structuration, la socialisation indispensables a leur eduaction tant ils sont refractaires a toute contrainte.

Il faut donc naviguer constamment entre le « pas assez de regles » qui n’est pas constructif pour eux et le « trop de regles » qui les fait fuir.  Et pour ce genre de navigation en haute mer educative, de randonnee sociale, j’ai besoin de ravitaillements.

Mes conditions de vie sont bonnes par rapport a la plus grande partie des nepalais, mais bien differentes de nos habitudes francaises, et plus austeres. C’est un plaisir de vivre au plus proche de la vie a la nepalaise (de Kathmandou) [voir Album « Extraits de vie nepalaise »], toute proportion gardee bien sur. Ces changements accompagnent et nourrissent mes experiences educatives, humaines et culturelles. Cependant, ayant besoin de beaucoup d’energie, j’utilise au mieux mon budget de 4 euros par jour. J’ai meme reduit a 3 pour en avoir un poil plus pour pouvoir faire les treks et honorer tous les Metres de Solidarite. Ce budget mensuel de 7500 roupies nepalaises est largement au dessus de plus de la moitie des nepalais qui a des difficultes a se procurer ne serait-ce qu’un repas par jour. Il ne me permet en tout cas pas de vivre comme un touriste-nabab, loin de la. Toujours est-il que je fais en sorte de manger beaucoup de fruits (par rapport au niveau de vie ils sont chers, pour un touriste c’est rien : a peu pres 25 centimes d’euros le kilo de mandarines, le meme prix pour la douzaine de bananes). Aussi, je complete les repas de Biya par un oeuf tous les deux ou trois jours et surtout par une ou deux dizaines de « momo », ces grosses ravioles garnies de legumes ou de viande. J’ai trouve une echoppe ou ils sont succulents pas tres loin et ou je commence a etre un habitue.

J’ai aussi besoin d’air, de calme. Le lundi est desormais mon jour de repos. J’en ai profite pour aller dans cette reserve de Nagarjung [voir Album « Sorties personnelles »] et aussi dans d’autres villages agricoles de la campagne et ses collines au nord de Kathmandou. Pour la reserve, j’ai eu la chance de pouvoir y rentrer seul. En effet, des camps militaires y sont installes etant donne la valeur strategique de cette reserve, et comme toute reserve, les acces sont limites. Le soldat m’a d’abord refuse l’acces, m’expliquant les dangers de la jungle et me rappelant l’episode de la francaise qui s’y est faite assassinee. Je lui reponds approximativement en nepali que je suis un homme (je sais, c’est pas joli joli de profiter du machisme d’une societe), que je connais bien les collines et forets, que je suis benevole, que je vis a cote, que c’est mon seul jour de conge et que bien entendu mes amis ont les leur le samedi (l’equivalent du dimanche). Il decide d’appeler la hierarchie. Attente. Puis : « Vous etes tres chanceux ». Parfait, je m’oxygene dans cette foret, sur ce chemin bien raide au debut qui m’amenera au sommet ou trone le temple bouddhiste de Jamacho. Les massifs des Annapurnas, du Ganesh Himal et du Langtang me ravivent de toute leur serenite et de toute leur force.

 Je cherche donc et parviens pas trop mal a avoir la force et la lucidite suffisantes pour trouver le meilleur chemin a travers ses hauts et ses bas. Pour voyager sur ce chemin, pour apporter detente, affection, confiance, concentration et socialisation. Pour accepter les difficultes sans renoncer a les surpasser. Pour arreter de toujours vouloir etre plus utile, plus efficace. Desapprendre a constamment se juger, a sans arret compter, mesurer ses performances.

La demarche compte plus que l’efficacite immediate, le cheminement depasse la productivite concrete, l’adaptation domine la performance. Etre calme, simple, detendu, humble, patient. Etre sensible, capable de voir et savourer la vie dans ses bourrasques comme dans ses brins d’air, dans ses cimes comme dans ses vallees. 

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29 novembre 2006

Le malade rate l'Histoire; +quelques nouvelles

Le lundi 27/11

            

            Le malade rate l’Histoire; +quelques nouvelles de Biya

J’aurai tenu 3 semaines sans etre malde. Pas trop mal. Et la 1ere fois, ce n’est pas le ventre qui a craque, mais le systeme respiratoire. Ce n’est pas l’alimentation epicee que le froid et la fatigue ont trouve comme allie, c’est la pollution. Mes bronches, mes sinus et la fievre m’ont mis sur la touche pendant  5 jours, de dimanche a jeudi inclus. A partir de lundi soir, je suis alle me reposer chez Gilles. Sa chaleureuse hospitalite, le confort et le calme du 4 pieces dans lequel il vit ont favorise mon retablissement. Toujours est-il que je ne sortais quasiment pas la journee, tant certaines nuits ont ete penibles et tant l’idee de la pollution me repoussait.

Ainsi, je n’ai pas vu les manifestations de joies, les rassemblements nocturnes dont les milliers de bougies etaient les incarnations exterieures des milliers de petits feux d’espoir qui habitent desormais le coeur des nepalais. Espoir en la paix. En cet accord historique entre le gouvernement et les maoistes. Espoir aussi ardent que la construction d’un « Nouveau Nepal » - comme l’a titre le Kathmandu Post du 22 novembre – est fragile.

Le mardi 21 novembre 2006, le Premier Ministre Girija Prasad Koirala et le leader du Communist Party Of Nepal (maoiste) Puspa Kamal Dahal Prachanda ont signe « l’Accord de Paix Comprehensif » qui met fin a 11 longues annees de guerre qui ont brise environ 13 000 vies, deplace d’autres dizaines de milliers de personnes, paralyse une grande partie de l’economie et terrorise toute une nation. Cet accord enterrine un cessez-le-feu permanent, la fin du recrutement pour l’armee comme pour les maoistes, le confinement des combattants maoistes dans des camps sous regard de l’ONU, le confinement des soldats de l’armee dans les memes proportions que celles des maoistes, la liberation des prisonniers, la fin des taxes et extorsions, etc... Il oblige les parties en presence a suivre les valeurs de la democratie multipartite et prevoit l’election d’une assemblee constituante.

La joie est tellement immense ; et la mefiance, voir le mepris, de la communaute internationale - USA en tete - a l’egard du processus de negociation avec les « terroristes » etaient tellement grands, que le Nepal se voit grace a cet accord comme un exemple pour le monde. Selon Koirala, « beaucoup avaient l’habitude de me mettre en garde en disant que mon effort de porter les maoistes dans la classe politique etait futile. Mais c’etait de ma responsabilite de democrate que d’amener meme les elements non democratiques dans la politique democratique (...) Je vois beaucoup de diplomates dans cette ceremonie. Ils ont du etre surpris par cet evenement historique. Ils avaient pour habitude de donner des recommandations, des ordres aux autres pays. Nous avons pose l’exemple de comment la paix peut etre restauree par les discussions ». Il n’a pas tort.On peut penser que sa lecon a la communaute internationale n’est pas sans fondement, et que ses pics sont legitimes. En matiere de pic, Prachanda a fait encore mieux : « Nous avons reussi a en arriver a ce stade en depit des prejudices apportes par des nations developpees qui se sont toujours opposees a l’idee que les parties negocient avec nous ». Sans etre naif sur la portee de « l’exemple nepalais » et sur le personnage de Prachanda en particulier, il est vrai qu’en ces temps de « guerre contre la terreur » et de « tolerance zero », il est important de montrer la pertinence du pourparler et l’incongruite criminelle du frapper.

Cette entree dans l’ere de la reconciliation genere un enthousiasme volubile dans la classe politique. «  Allons ensemble construire une nation prospere » a proclame Prachanda. L’enthousiasme est egalement de mise dans les journaux, qui voient Koirala et Prachanda comme les deux prochains Nobels de la Paix.

La population, elle, est heureuse, soulagee, et deguste cet espoir qu’elle n’avait plus a se mettre sous la dent depuis longtemps. Pourtant, dans les reactions que j’ai observees, dans les quelques commentaires que j’ai recueullis, j’ai aussi senti beaucoup de retenue. Ils sont les mieux places pour savoir que la route est encore longue et qu’il faudra encore beaucoup de patience pour voir leur vie s’ameliorer veritablement. Ils savent tres bien qu’une etape majeure a ete franchie mais que le respect des accords et la mise en oeuvre d’une nouvelle constitution restent problematiques. En effet, comment oublier que les dirigeants de l’Alliance des 7 Partis au gouvernement sont les memes que ceux qui eurent la democratie entre leurs mains en 1990 et qui l’affaiblirent a coups de corruption et de nepotisme ? Comment ne pas voir que le confinement des combattants maoistes ressemble pour l’instant a un grand bordel ?

Entre autres questions, celle de l’embrigadement encore en cours de la part des maoistes occupe chaque jour plusieurs articles de la presse locale. Ici une dizaine d’etudiants qui ont disparus, la un village entier qui stoppe et fouille les bus de combattants a la recherche de leurs enfants. Le temps a beau etre a la reconciliation, beaucoup de parents ne pourront l’accepter sans retrouver leurs enfants. Les maoistes ont reconnu avoir... 20 mineurs dans leurs rangs, mais que ceux ci etaient venus de leur propre gre. Souvent les promesses sont effectivement attractives, tout comme le fait d’avoir l’impression de donner un sens a sa vie. Et parfois meme ce sont les familles qui poussent leurs fils a s’enroler. Et oui, sentant que ce « placement » semblait devoir etre lucratif vu que les maoistes devraient etre integres a l’armee (plus precisemment former un corps special integre a l’armee, donc debouchant sur la meme securite de l’emploi), des parents ont ces derniers temps joue cette carte la. Comme la mere de notre Bikram de Biya. Celui ci a refuse, et a pratiquement du s’enfuir de son foyer pour eviter ce sort. Inutile de vous dire qu’apres cette « visite » familiale il n’avait pas bien le moral. 

Tout est donc delicat dans ces recrutements comme dans le processus en general, puisque face a ces enrolements volontaires, combien d’embrigadements forces, combien de jeunes ayant du fuir ces menaces ? Pour cela aussi nous sommes bien places a Biya pour savoir car plusieurs des enfants ici se sont retrouves loin de leur famille, a Katmandou, a la rue, a cause de ces menaces...

La participation des maoistes au gouvernement interimaire serait plus que souhaitable, mais cela n’a pas l’air d’en prendre le cap. Et par dessus tout, comment imaginer des elections libres dans les regions sous controle maoiste ? Certes l’ONU devrait observer, mais l’histoire a montre que cela n’etait pas toujours un gage suffisant. Signe encourageant, le fait que les maoistes aux cotes du gouvernement aient invite les observateurs du Centre Carter (l’ex-president des USA reconverti dans la promotion et facilitation d’accords de paix ).

            Le futur de la paix et d’une democratie veritablement au service du peuple dependent enfin dans une large mesure de l’application du rapport de la « Commission d’Investigation de Haut Niveau » menee par Rayamajhi (membre de la Cour Supreme) a propos de la repression du soulevement pro democartique d’avril dernier. Et oui, il ne faut surtout pas oublier le Roi et les dirigeants militaires, policiers et politiques qui le soutiennent. La Commission Rayamajhi, remise au 1er Ministre la veille de la signature de l,accord, affirme que le Roi est le premier coupable des meurtres et des violences de la repression. Elle demande donc au Parlement de prendre a son egard les actions necessaires, tout comme a l’egard de 202 des 296 personnes entendues. Pour donner une idee, parmi elles figurent tous les Ministres du Cabinet du Roi, des tres hauts grades, des officiers des districts regionaux, l’Inspecteur General de la Police, etc. : la plupart des cas pour les charges de violation des droits de l’Homme et corruption.

Et la encore un flot vigoureux d’interrogations deboule sur les consequences reelles de ces accusations officielles historiques. Apres le soulevement de 1990, la Commission Mallik avait donne pratiquement les memes preconisations, mais aucune mesure de condamnation n’avaient ete prises. Le 1er Ministre etait alors... Koirala, l’actuel 1er Ministre. De plus, la Commission demande des sanctions seulement departementales pour les chefs policiers. D’autres details restreignent encore plus la portee des grandes declaration de la Commission : beaucoup des grades ne seront condamnes qu’en cas de « recidive », probabilite somme toute miniscule au vue de l’atmosphere actuelle et du fait que la plupart de ces personnes se sont retirees... Par rapport au Roi, la Commission demande au Parlement de voter une nouvelle loi permettant sa condamnation. Beaucoup voient dans cette disposition un moyen de laisser du temps au Roi et de lui menager des condamnations reduites, car sans loi sa condamnation est tout a fait possible, meme des hauts magistrats l’ont dit.

            Ainsi, Prachanda et les maoistes d’un cote, Koirala et l’Alliance des 7 Partis de l’autre se doivent desormais de remplir les obligations de l’Accord et de la Commission. Il faut qu’ils changent leurs paroles en faits. Le gouvernement interimaire ne doit pas refaire comme en 1990, a savoir se limiter a l’organisation des elections. Le peuple s’est souleve pour mettre fin a l’autocratie, mais aussi a la corruption, a la captation des richesses, etc. La revolution sera permanente seulement si le peuple peut profiter des dividendes de la paix et de la democratie. Meme le Roi a officiellement fait part de la joie que lui donne l’Accord et du soutien qu’il lui apporte. Il fait partie de l’inconnu, d’autant plus que ce qui definit le mieux son comportement est l’irrationnalite.

            A la modeste echelle de Biya, la fragilite, la patience et l’espoir constituent egalement des phenomenes centraux de la vie quotidienne. Biya signifie « graine, semence ». Il faut toujours, toujours garder a l’esprit cette denomination ; toujours, toujours garder a l’esprit que seul le long terme revele l’evolution des enfants, que seul le long terme permet la pousse de resultats tangibles, l’eclosion de vies autonomes. En meme temps, la patience doit continuellement avoir comme ombre l’attention. L’attention de tous les instants. La souplesse doit etre compagne du marquage des limites, la fermete celle de la douceur ; l’encadrement doit reposer sur la comprehension, l’exigence sur la confiance.

Les fragilites, la patience. La semaine ecoulee a vu le nombre de disputes et memes bagarres au cours de la preparation des repas prendre une courbe inquietante. Alors pendant la reunion de samedi les groupes ont ete refaits, en se basant encore plus sur l’age, les affinites et les differences de rythmes de vie. Depuis, cela a l’air de bien aller. Par ailleurs, Bhuwan, le prof de mecanique, a repere chez Basanta, Binod et Bishnu des limites, des lacunes telles qu’elles leur rendent tres difficile toute evolution nouvelle dans leur apprentissage. Quand une institutrice ayant la carrure pour enseigner a Biya sera trouvee, ils auront un peu moins de formation et des cours particuliers.

L’espoir. Akash a rejoint Raju et Pradip dans le magasin – fabricant de menuiserie. Dinesh et Probin debutent un stage chez un mecanicien. En mecanique toujours, Bhuwan est satisfait du comportement des enfants. Effectivement, a les voir, ils ont l’air d’etre de plus en plus interresses et investis a mesure qu’ils enfoncent leur main dans le cambouis, a mesure qu’ils avancent dans les mecanismes des becanes. Bhuwan, qui est de plus en plus ponctuel, semble effectivement avoir un tres bon contact et etre capable de trouver une methode adaptee a ces jeunes. En menuiserie, aucun retard n’a ete observe la semaine passee, Gilles est globalement satisfait de l’investissement des apprentis, 4 tabourets ameliorent desormais avec les 2 rangements a chaussures le quotidien de chacun. Surtout, Buddha est d’accord pour etre forme plus specifiquement et intensement ces prochaines semaines qui sont les dernieres pour Gilles. Jusqu’a present traducteur, il en a vu et compris deja un bout. Et avec ce complement, il permettra a l’atelier de continuer, de produire le temps qu’un formateur nepalais soit trouve.

            Dans cette vie palpitante ou trepignent fragilites, patience, espoir et progres, prendre du recul est indispensable. En cela au moins la maladie aura ete benefique car elle m’aura delocalise et donne le temps pour prendre ce recul plus facilement que dans la vie quotidienne de Biya. Au bout de 3 semaines, la connaissance du groupe, des individus, de leurs faiblesses, de leurs capacites, de leurs besoins commence a etre suffisamment etoffee pour envisager un programme plus precis, plus cadre, plus exigent, plus pertinent. Au bout de 3 semaines, je saisis mieux ce que je peux essayer de faire et ce qui n’est pas de mon ressort.

Le recul est une posture. Pour le mettre en mouvement, il faut de l’enthousiasme. Et l’enthousiasme n’est rien s’il n’est pas collectif, s’il n’est pas coordonne. En cela, les reunions entre le staff portent leurs fruits. Relancees, au complet, elles favorisent la partage des informations et impressions sur les enfants, ameliorent le fonctionnement de chacun, l’echange d’idees stimule la recherche de solutions aux problemes communs, ...  Ainsi, un programme et fonctionnement pour les sports ont ete decides ; de l’attention supplementaire sera donnee au plus petits ; etc. De quoi avoir plein de choses a raconter la prochaine fois. Quand ? Le temps d’avoir un peu de recul....   

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24 novembre 2006

Journee type, sports, etc.

Le 16/11

Ici a Biya, je commence a prendre mes marques, a comprendre de plus en plus les enfants, notamment leur farouche independance et leur touchante fragilite derriere leur gentillesse et sourires. Ainsi, je saisis tous les jours un peu mieux comment faire ma place, comment apporter ma pierre a la construction de leur autonomie sociale et economique ; construction si longue et a l’architecture si complexe. J’ai mes moments d’enthousiasme, de doutes, de dynamisme, de fatigue. En effet, partager sa vie avec ces enfants est loin d’etre de tout repos, surtout lorsque l’on commence un jour sur deux a 6h30 par de la marche, que les enfants reclament sans arret (jamais en meme temps, ce serait trop facile) de jouer ou en tout cas de l’attention, etc. Et pour le reste je vais vous laisser decouvrir une journee type, comment peuvent se derouler les activites sportives, des passages difficiles pour ces enfants et notre 1ere marche matinale au Swayambunath, le « temple des singes ».

Les enfants aussi ont leur hauts et bas. Et comme Raju est cette semaine a Calcutta pour une formation, il y a plus de responsabilites et d’initiatives a prendre aux cotes de Shyam et Buddha.

Avant toute chose, toute l’equipe d’APC et tous les enfants remercient infiniment toutes les personnes qui ont gentiment tricotes bonnets et echarpes. Les nuits sont fraiches, les matinees et soirees egalement. Les enfants apprecient, et lors de la prochaine mise a jour, vous verrez que pour se promener le matin dans le village de Balaju et ses cultures, les enfants ne les avaient pas oublies... Pour cette fois, regardez l’album « Bonnets, echarpes : presentation des enfants ». Dans l’ordre :

Raju : le plus grand, actuellement en stage dans un atelier de menuiserie

Binod : suit la formation mecanique. A un peu la voix de « Dark Vador » car ses cordes vocales n’ont pas beaucoup apprecie les drogues...

Nobin : trop jeune et illetre pour suivre quelconque formation, il va depuis 4 jours a l’ecole le temps de trouver une institutrice qui viendra au foyer

Akash : en formation mecanique. Au foot, il a une frappe de boeuf...

Robi : en formation mecanique. Tres interesse par le sport.

Sunill : en formation menuiserie. Petri de capacites, en sports comme partout.

Himal : arrive depuis 3 jours a Biya. C’est lui le « gymnaste fou » (voir l’album Sports). L’arrivee d’une institutrice lui fera beaucoup de bien, car pour l’instant il n’a tenu qu’une journee a l’ecole.

Prakash : en formation mecanique. Comme tous, sa route est encore longue mais il en a deja parcouru beaucoup tant il etait un consommateur acharne de colle.

Basanta : en formation mecanique. Comme Prakash, sauf que lui n’est pas mou mais « fou-fou »

Vikram : en formation menuiserie. Toujours souriant et blagueur, tres malin mais aussi un peu flemmard et encore attire par la colle.

Ajit : lui aussi est arrive il y a 3 jours a Biya, va a l’ecole. Comme Nobin, a un besoin extreme d’etre rassure et qu’on s’occupe de lui.

Sunhill : le plus petit, le plus drole et pas le moins chamailleur...

Ramesh : en formation mecanique. Il degage autant de gentillesse qu’il necessite de patience.

Probin : en formation mecanique. S’implique beaucoup dans les sports.

Pradip : en stage dans le meme atelier de menuiserie que Raju

Raju : va a l’ecole et s’y investit. Derriere sa « grande gueule », un gamin a fleur de peau

Lalu : en formation menuiserie. Aussi discret que malin.

Dinesh : en formation mecanique ou il est un des plus avances.

Kaila : va a l’ecole et lui aussi a plus besoin de cours au foyer.

Binod : en formation menuiserie. Sur courant alternatif sauf en ce qui concerne les moqueries (rarement mechantes)

Il ne manque que Bishnu, en formation mecanique, un des plus timides mais extremement respecte de tous car il est le seul a ne consommer aucune drogue (ni colle, ni alcool, ni haschich, ni cigarette). Traverser les epreuves de la rue sans tomber dans une dependance, c’est aussi rare qu’admirable.

Maintenant que ces courtes presentations sont faites, voyons comment se passe une journee type a Biya. Si l’on peut se permettre de parler de journee « type »... On est au Nepal, rien n’est acquis ni pleinement rigoureux... On travaille avec des enfants qui ne sont pas encore bien stables ni prets a remettre en cause leur valeur supreme, la liberte totale... Mais globalement, il y a une structure qui est respectee et qui - dans le cadre d’un foyer ou vivent 24/24 tous ces enfants – est deja une marche importante vers l’objectif du programme. Et comme je l’ai dit dans le 1er billet, beaucoup de foyers specialises francais aimeraient que ca se passe aussi bien chez eux...

Les enfants se levent entre 6h30 et 7h, pour moitie tous seuls et pour les autres reveilles par Raju, Shyam ou Buddha (quant a moi, je commence a m’occuper du coucher maintenant que je suis « connu » et pas trop mal respecte). Certains sont meme debouts avant, ce qui pour moi est un symptome de leur anxiete latente. A partir de 7h-7h30, le the est prepare par la cuisiniere Didi aidee d’enfants. Entre 7h30 et 8h, on boit donc ce the nepalais : lait, the, massala et sucre.

A ce moment la, pendant que la cuisiniere prepare le petit dejeuner (le dal-bhat, riz a la soupe de lentilles avec une petite preparation de legumes), les enfants vaquent a differentes occupations : se laver a la pompe a eau, jouer aux cartes ou a un pseudo-jeu de l’oie, etc. C’est donc dans ce 1er creneau horaire que je me propose pour jouer au volley ou au foot. Entre 8h-8h30 et 10h (le debut des formations), il s’agit uniquement et simplement de jouer avec ceux qui veulent, tranquillement et librement. Le but est qu’ils s’amusent sans trop se depenser et que l’on partage du temps comme des rires ; choses indispensables pour nouer une relation depassant le simple cadre du sport, une relation de confiance permettant d’etre pleinement ecoute dans ses conseils educatifs.

Entre 9h et 9h30, le dal-bhat est pret et tout le monde mange dans le batiment cuisine. Sur les photos, je mange dehors car souvent a partir de 9h je vais faire des courses ou au cyber cafe car la connexion est (un peu) plus rapide et fiable a cette heure la. Donc j’en reviens entre 10h et 11h et « deguste » mon dal-bhat a ce moment la. Pour l’organsiation des repas et l’attention portee au partage, je reviendrai dessus en parlant du diner.

A partir de 10h debutent la formation menuiserie, menee par Gilles seconde par Manu, et celle mecanique dirigee par Buwan. Gilles a partage ses 7 apprentis en 2 groupes, debutants et avances. Ainsi, il peut avec Manu enseigner des techniques et donner des travaux adaptes a chacun. Raju et Buddha sont la pour assurer la traduction. Depuis que Raju et Pradip sont en stage dans un atelier (depuis que je suis arrive en gros), le travail effectue par les enfants est de nouveau de qualite. En effet, Gilles m’a explique que Raju et Pradip etaient trop avances pour les travaux en cours (bancs, meubles a chaussures,etc.) mais qu’ils n’avaient pas le niveau en math et geometrie pour attaquer des travaux plus fins. Ils se demotivaient donc, et entrainaient les plus jeunes dans l’absence de concentration et travail. De nouveau donc, les enfants apprennent, travaillent et progressent, chacun a son rythme.

Du cote de la mecanique, Buwan s’habitue aux enfants pour proposer des cours suffisament pratiques pour les interesser. Il fait preuve de beaucoup d’ingeniosite pour que les apprentissages theoriques (retenir les noms, donc se mettre devant un tableau et ecrire...) n’en paraissent pas en les integrant aux manipulations et en responsabilisant les plus avances. Cela ne marche pas toujours encore parfaitement, mais il faut toujours avoir a l’esprit que ces enfants sont devenus « accro » a l’absence de contraintes et que de reussir a les faire suivre cette formation, a les y faire apprendre est deja un grand succes.

A la fin des formations entrecoupees de pauses, il est entre 14h et 14h30. Parfois les mecaniciens finissent plus tard car entre temps Buwan a du aller chercher tel ou tel outil. Dans ces pauses parfois bien longues, on a pu tracer un terrain de volley-badminton et installer des poteaux amovibles. Ainsi, les conditions de jeu sont desormais bonnes. A la fin des formations donc, les enfants sortent un peu du foyer pour certains (et oui, l’appel de la clope), d’autres jouent aux cartes ou autres. C’est souvent le moment de commencer a preparer ce que j’appelle le « casse croute », c’est a dire les nouilles chinoises. Tandis que les legumes du dal-bhat ne sont pas trop epices ou alors seulement une partie d’entre eux – les enfants, comme moi parfois, croquent tout de meme dans des piments – , ces nouilles le sont beaucoup plus.

C’est alors, vers 15h, que je lance la seance de sport du jour. Les 1ers jours, c’etaient selon le desirata des enfants, desormais c’est 2 jours de suite foot puis 2 jours volley. De cette facon, j’evite que ces activites ne soient qu’uniquement recreatives, ebauche une esquisse d’encadrement et donne les moyens de faire progresser les enfants ; la progression empechant l’ennui et impliquant le plaisir. Selon les jours, entre 10 et 15 enfants viennent au foot. La, les progres dans le comportement et la pratique sont encourageants. Avant d’aller au terrain, je fais faire 15 a 20 mn d’exercices qui ne doivent surtout pas l’air d’en etre. Je previens que l’on doit s’entrainer au « controle » et a la « passe », puis donne les regles du jeu, par exemple 2 equipes de 5, chacune dans une partie du terrain de volley, qui doivent se faire le plus de passes possibles (avec un seul controle) en 30 secondes, en sachant que le ballon ne doit pas sortir des limites de leur partie. Aide par Raju et Buddha, ca me permet de les habituer a se concentrer et faire des efforts de maniere ludique. Et surtout ce sont des sequences tres courtes, tres dynamiques, avec lesquelles j’evite que certains d’entre eux restent plus de 3 mn sans rien faire et avec lesquelles je m’adapte a leur impatience. Puis, je rassemble les participants, leur donne les regles et « sanctions prevues », choses qu’ils commencent a connaitre. Et je donne « l’objectif » (c’est un bien grand mot) sportif : faire plus de passes, mieux utiliser les espaces libres,...

Selon le nombre de participants, nous allons sur le grand terrain en terre, non, poussiere battue, ou sur un autre, plus bas, plus petit mais moins poussiereux (voir album Sports). Toujours selon le nombre, et aussi le niveau d’implication, je fais plus ou moins d’interventions techniques. En effet, il est impossible pour l’instant pour ces enfants de s’impliquer reellement dans ces activites tous les jours, ce qui est bien normal. J’apprends donc toujours plus la patience et l’humilite.

En ce qui concerne le volley, c’est beaucoup plus souple car les enfants me suivent moins aisement. Je sors le ballon (y en deja un qui est mort) et commence a jouer. Suivant la volonte des 1ers arrivants, on fais des passes ou un match. Le but est de creer une dynamique qui fasse envie aux autres qui jouent aux billes ou autres, reviennent de l’exterieur, etc. En effet, ca a tendance a pas mal aller et venir : parfois les essais mecaniques, un pote qui refait ses claquettes, d’autres qui ont besoin d’un quatrieme pour jouer aux cartes, etc. Alors quand seulement 3 ou 4 jouent avec moi, on s’entraine a faire des passes, chose indispensable pour faire des matchs qui ressemblent a quelque chose et ou les participants se depensent vraiment et s’amusent du jeu, pas des conneries de l’un ou de l’autre. Comme ce sont les plus interesses qui sont alors le plus souvent avec moi – Sunill (le plus grand des2 ), Robi, Probin, Vishnu – ca progresse bien et les autres voient qu’on arrive a se faire des passes pendant 2 mn sans que le ballon tombe. Alors y en a qui se ramenent, genre Ramesh, Bishnu, Raju (le petit), Nobin, Binod (le grand), Lalu, etc. Eux ausi progressent bien et alors on peut faire des echanges. A ce moment la, soit personne d’autres arrivent et on peut faire un « vrai » match ou l’on se depense bien ; soit les moins motives a la base se ramenent ( souvent les plus grands, Basanta, Dinesh, Prakash, etc) et veulent jouer en prenant les choses en main. La c’est plus delicat car il faut valoriser leur volonte de participer – donc ne pas leur dire que c’est trop tard pour jouer – mais aussi preserver l’evolution avec les premiers participants – donc remettre tranquillement les derniers arrives a leur place en leur disant que si ils jouent individuellement, engueulent les autres ou font n’importe quoi, ils sortiront du jeu 2 minutes. Certaines fois ca se passe bien, d’autres fois les plus jeunes cedent sous la pression quand on est deja 5 contre 5 et laissent leur place aux derniers arrivants. Je les remets une fois sur le terrain, mais la seconde c’est plus possible, surtout quand ils assurent ne plus vouloir jouer. Quand je disais que j’apprenais a animer avec patience et humilite...

J’ai egalement sorti deux fois un ballon de rugby avec Sunill, Robi et Probin (voir album Sports). Pour le moment, il s’agit juste de les acclimater a cette balle bizarre. Je l’ai fait avec ces 3 la car ce sont les plus motives et aussi ceux qui suivent le mieux et avec le plus d’attention mes conseils. Aussi, en 2 fois 20mn, ils ont reussi a faire des vraies passes de rugby, meme si Probin est un peu maladroit pour les rattraper. J’ai meme reussi a leur faire faire des passes en courant et ils ont assez bien compris qu’il ne faut pas faire de passe en avant, donc qu’il faut etre derriere le porteur du ballon. A suivre...

De toute facon, l’objectif principal, l’objet primordial des activites sportives est de me permettre d’etre accepte, apprecie et respecte par le maximum des enfants. Ainsi, c’est ma facon de me forger une legitimite pour etre ecoute dans la vie de tous les jours, dans des conseils qui concernent leur comportement en general, la necessite de faire des efforts pour se frayer un chemin vers une vie autonome en dehors de Pomme Cannelle. Cette legitimite, cette action veritablement educative prendra du temps, beaucoup de temps. Et par dessus tout, cette action, ces paroles doivent toujours specifier le fait qu’ils ont le temps, que Pomme Cannelle les soutiendra tout le long dans ce parcours. En effet, la peur du dehors, la peur d’une societe qui les a beaucoup maltraites est enorme. Ainsi, quand je disais a Sunill qu’il avait vraiment les moyens d’avancer sur ce chemin, de gagner « plus tard » sa vie lui meme, il me dit que oui, mais « plus tard plus tard »... Je lui repondis que bien sur, et que de toute facon il pouvait, il devait avoir confiance en lui. Si j’en crois le fait que 9 puis 12 enfants m’ont suivi lors des 2 premieres marches matinales, que Probin m’a offert du mais grille, que le petit Raju m’a demande de l’aide pour ses devoirs ; je pense etre sur le bon chemin. Je ne suis pas naif, ces details ne revelent encore rien de durable mais c’est un bon debut.

Ensuite, vers 17h30, lorsque la nuit tombe, les enfants ont le droit de regarder le tele. Et ils aiment ca... Surtout le catch. Je me suis permis de leur dire que c’est du cinema, parce que bon, c’est pas comme croire au Pere Noel, et que c’est mieux pour eux d’etre capables de relativiser cette violence. Bon, je sais, en matiere de violence, physique, psychologique,etc., ils en connaissent un rayon ; mais j’ai pas pu m’empecher... Depuis 2 jours, j’aide Raju a apprendre ses lecons. Ca me fait vraiment plaisir de pouvoir l’aider, d’autant plus qu’il a beaucoup de bonne volonte. Et qu’il veut eviter de prendre des coups de regles sur les mains... Ca se passe encore comme ca au Nepal... J ‘essaie egalement de veiller a ce que les autres scolarises fassent leurs devoirs, que le petit Sunill ne les fassent pas devant la tele et surtout que Nobin prennent la peine de travailler. En effet, il en a vraiment besoin car a 12 ans il ne connait toujours pas son alphabet. Alors je l’aide. Encore une fois, vivement qu’une institutrice puisse travailler avec eux. Raju doit rencontrer deux candidates a son retour.

Pendant ce temps, un groupe d’enfants prepare le dal-bhat du soir. Comme pour le casse croute et meme pour le dal-bhat du matin, un systeme tournant organise la cuisine par les enfants eux memes. Raju a mis ca en place, les enfants ont definis les groupes eux memes. Il faut bien entendu veiller a ce que d’autres enfants ne viennent pas dans la cuisine et creent une ambiance trop amusee, ni a ce que les cuisiniers abusent sur les quantites. L’encadrement y veille. En tout cas, avec parfois un peu de retard, la cuisine est toujours faite et surtout le partage toujours respecte. Ainsi, on met de cote pour ceux qui arriveront plus tard. Quand il y a des restes, cela donne certes souvent lieu a des disputes, mais jamais trop marquees.

Ce respect de l’organisation du repas, du nettoyage de la cuisine m’epate. De meme, la regle de preserver des chambres et les toilettes propres (a peu pres, car la proprete au Nepal n a pas tout a fait le meme sens qu’en France) est plutot bien suivie. Egalement, l’heure du coucher, 21h- 21h30, est correctement respectee.

Il est vrai que ces regles correspondent aux interets bien compris des enfants : pour eux, quel bonheur de manger selon leur faim, d’avoir un toit, une couverture, etc. Il est vrai aussi que ces enfants sont une ancienne bande, sans quoi vivre ensemble releverait certainement de la gageure. Ils acceptent beaucoup moins les contraintes du travail : horaires, concentration, calme, etc. Mais que de chemin parcouru depuis qu’ils vivaient dans la rue... Ils se sont « remplumes » et avancent petit a petit dans leur resocialisation.

Pour autant, comme je l’ai dit en introduction, leur difficultes, dependances et fragilites reservent bien entendu des creux, des moments de « regression ». Par exemple, il y a eu un soir ou le grand Raju et Pradip ne sont pas rentres du travail. Manquaient aussi a l’appel Bikram et Binod (« Dark Vador »). En effet, ils passerent la nuit a Basantapur, le centre historique et touristique de la ville, leur ancien lieu de vie. Forcement, ils ont pris de la colle. Et le lendemain, ca se voyait. Bikram, d’habitude toujours souriant, n’a rien dit de la journee et ressemblait tout simplement a un legume. Raju n’aurait pas dormi dans la rue, il se serait paye une « guest house », donc aurait mendie ou plus certainement vole.

Le samedi matin, apres la reunion entre Herve, le staff et les enfants et celle reservee a Herve et le staff, Raju le manager, Herve et Shyam ont parle avec Raju et Pradip. Cela avait deja ete fait, mais c’est toujours plus performatif entre 4 murs avec le staff et surtout avec Herve. Sans etre trop solennel et autoritaire – sans quoi ils risqueraient de rebasculer dans la rue – il a ete dit que cette incartade impliquait la suppression de l’argent de poche hebdomadaire. De plus, Pomme Cannelle versant un petit salaire sur un compte a ces jeunes en stage (les patrons ne les acceptant que s’ils ne les payent pas, car soit disant pas besoin d’eux, et plus credible car ces jeunes sont trop lents et pas assez fiables) jusqu’a ce que le patron les paye, il a ete convenu qu’au prochain manquement au stage ou aux regles de vie du foyer, une forte retenue serait operee sur ce salaire. De plus, concernant Raju, il est clair que lui comme le staff souhaite qu’il parte le plus vite possible. En effet, c’est desormais un jeune adulte, et il est plus fort physiquement que Raju, Shyam et Buddha. Ainsi, s’ils revient shoote a la colle et a l’alccol, il peut devenir incontrolable. Le programme le concernant est celui de tout jeune sortant de Biya (2 ou 3 deja) : petit salaire pendant stage, puis si il travaille bien, au bout de 2 ou 3 mois il touche son salaire directement du patron, et alors Pomme Cannelle l’aide a trouver un logement, lui paye des meubles et le soutient pour les premiers loyers. De cette facon, le passage a la vie active se fait doucement.

Seulement, il y a des choses que nous ne pouvons maitrises, des aspects qui ne sont du ressort que du jeune. Si malgre tout il veut prendre de la colle, personne ne peut l’enfermer... Le but est de lui donner les moyens, de le mettre dans les meilleures conditions, de lui apporter soutiens materiel et affectif, de lui montrer ses capacites, son interet a vouloir changer de vie. Ainsi, c’est ce que Pomme Cannelle tente de faire, et c’est que nous essayons aussi avec Binod et Bikram, entre autres.

Une des plus grandes difficultes est de trouver des moyens de donner des effets a leurs comportements qui ne vont pas dans le sens de leur resocialisation. Enlever l’argent de poche ? Ca ne marche pas vraiment ou en tout cas pas pour tous, ils peuvent en gagner entre eux aux cartes, ou dehors autrement. Les priver de sport ? Pour beaucoup ca ne leur fait ni chaud ni froid. Les priver de la sortie du samedi ? C’est un moment de detente privilegie et de socialisation avec « l’exterieur ». Il est impossible de leur enlever de la nourriture et encore moins de les remettre dans la rue. Pour comprendre leur peur de perdre leur seul toit et « famille », il faut avoir vu le petit Raju, qui se donne des air de grande gueule, se mettre a pleurer rien qu’en entrant dans la chambre du staff. Raju devait juste avec Herve lui resignifier que manquer de respect a un des membres du staff (visiblement ce qu’il avait fait la veille envers Raju dans la cuisine) etait interdit et pouvait entrainer la suspension de l’argent de poche hebdomadaire. En aucun cas le menacer d’exclusion. Et pourtant il a pleure, pleure...

Alors on fait avec l’argent de poche, et surtout avec l’autorite issue de la legitimite, de l’affectif, avec la parole, la confiance. Mais chaque membre n’a pas forcement tout ca avec chaque enfant. Au moins on se complete !

J’essaie de tout faire pour aider le staff, gagner en legitimite et creer des liens affectifs avec les jeunes. C’est pourquoi j’ai relance la marche matinale. Un jour sur deux, faut quand meme pas exagerer. Non, serieusement, c’est parce que je sais que pour se lever a 6h15, si on fait ca quotidiennement, y aura plus personne apres 3 ou 4 jours. La 1ere a eu lieu lundi, on est alle au Swayambunath, le « temple des singes » (voir album Marche au Swayambu). Il est appele ainsi car dans la colline qu’il surplombe et en son sein il est vrai que pullulent les macaques rhesus. Probin, Sunill, Robi, Lalu, Ramesh, Nobin, Himal, Ajit et Sunill sont venus. J’avais prevenu : on reste ensemble, donc les grands vont au rythme des petits, et pas de cigarettes. Sans quoi retour au foyer pour tous. Bon, ils ont bien essaye une ou deux fois d’aller suffisament vite et loin pour fumer, mais je pense que c’etait autant pour tester que pour fumer. A part ca, cette heure et demie de balade, agrementee de pauses au sommet, c’est bien passe, on a pu discute (dans les limites de mon nepali qui s’etoffe peu a peu, il en a besoin, il est bien famelique), rigole,... Donc, pour valoriser leur effort et bon comportement, j’ai offert le the.

Bon sinon, j’ai fait un album Sports ou vous pouvez voir les enfants jouer au foot, volley, un peu au rugby et au badminton. Vous pouvez aussi voir le tracage du terrain de volley – badminton, le second terrain de foot et les prouesses gymniques du petit Himal (il a appris tout seul).

Je vous propose egalement de decouvrir un peu de Katmandou (album Samedi Basantapur). En effet, samedi dernier ayant ete un jour de repos pour moi, je suis alle visiter le foyer de Kalimati (2eme et 3eme photos, la 1ere etant la reunion hebdomadaire). Puis je suis alle au centre de jour de Balkendra, mais comme Mickael le responsable n’etait pas la, je suis juste monte sur les toits et admire la vue sur Durbar Square, le centre historique et religieux de Katmandou. J’ai aussi profite de la vue plongeante pour observer la vie sur les toits : etendage, dont un tout petit chausson en laine, epouillage, jeux, ... Et j’ai essaye de photographier les aigles qui tournoient si souvent dans les airs de la vallee. Et en rentrant a Biya, j’ai un peu flane dans Makhan Tole, rue commercante, la place d’Indra Chowk, celle de Kel Tole, d’Asan Tole, etc. Je suis passe par un de mes temples preferes, celui de Seto Machhendranath. Ce temple est un « bahal », c’est a dire qu’il est le centre d’une cour autour de laquelle maisons et commerces prennent place. Les activites religieuses, commerciales et les jeux des enfants s’y melent donc, d’autant plus que ce sanctuaire est l’un des preferes des habitants de Katmandou et qu’il attire bouddhistes et hindouistes. Les 1ers considerent Machhendranath comme une forme d’Avalokiteshvara, les seconds comme une incarnation de Shiva. L’age de l’edifice n’est pas connu, si ce n’est qu’il ate restaure au XVIIeme. Il abrite donc la statue de Machhendranath, au visage blanc (d’ou Seto qui signifie blanc) et assis comme un bouddha. Chaque annee en mars-avril, il est promene sur un char a travers la ville.

Pour finir, merci de me lire, ca me fait plaisir et si ca peut donner des envies pour soutenir les enfants via Pomme Cannelle... Enfin, suite de l’anecdote sur mon prenom : Raju (le jeune en stage) m’a trouve un surnom nepalis : «  Badel » (sans accent), qui veut dire « nuage ». Bah oui, par rapport a eux, je suis blanc comme un nuage... Ce nouveau nom a pas mal de succes, comme le « uncle » visiblement de mise pour le dernier benevole, ou encore le « sir » de mise pour tout etranger. Mais c’est quand meme Ben et Badel qui tiennent la corde...

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17 novembre 2006

Premiers jours

Le mercredi 8/11 a 20h30

Ca y est, enfin, je prepare de quoi alimenter le blog… Je vous previens tout de suite, il n’y pas d’accent sur les claviers et comme les lettres sont disposees differemment, je pense vous gratifier de fautes de frappes aussi frequentes que succulentes. Deja que sur un clavier europeen je suis pas tres bon, alors la ca risque pas de s’ameliorer.

Le voyage a ete long, surtout qu’entre la fatigue accumulee par les nombreux au-revoir, la separation d’avec la famille, les amis et ma Laurie, l’anxiete et l’excitation ; mes sensations etaient comme anesthesiees et ma tete a peu pres aussi lourde que cette phrase. La correspondance a Bahrein a ete bien longue, merci papa pour le bouquin d’Eric Valli !

La-bas aussi la mondialisation du commerce ne perd pas de temps : plein de Pere Noel agrementaient cet aeroport-centre commercial.

Apres environ 16h de voyage (je crois car pendant tout ce temps j’ai un peu perdu le fil) et 4h de sommeil maximum, je suis arrive a Kathmandou avec un super beau temps. Herve, le fondateur et coordinateur de Pomme Cannelle (APC, ce sera plus court), et Raju, le responsable du foyer Biya, ont accueilli les parents d’Herve et moi-meme, ces premiers ayant voyage avec moi. De cette facon ils avaient negocie 2 taxis car avec toutes nos affaires il fallait bien ca.

Je suis donc arrive directement au foyer de Biya, le programme dans lequel je vais travailler ces 5 prochains mois. Il est situe a Balaju, a la limite septentrionale de l’agglomeration de Kathmandou. Ainsi, les avantages sont que la foret et les collines sont proches, les cultures egalement et surtout c’est calme, ce qui dans la vallee est un luxe indeniable.

Avant d’aller plus loin, je pense que pour beaucoup d’entre vous il est important de preciser quel programme recouvre le foyer Biya. APC a mis en place un foyer d’hebergement d’urgence - Kalimati, un foyer familial - Poonhill et un centre d’accueil de jour - Balkendra (pour ceux qui ne connaissent pas APC, rendez vous sur mon site revesolidarite.fr et surtout sur pommecannelle.org). Biya est le dernier ne (mai 2005). Ce programme vise a donner acces a l’autonomie par la formation professionnelle et se destine aux enfants exclus depuis trop longtemps du systeme scolaire. Actuellement, il compte 19 enfants de 8 a 19 ans. Les 2 plus jeunes sont scolarises et les autres suivent soit des cours de menuiserie soit de mecanique. Il y a aussi Nobin, 12 ans (celui qui fait la vaisselle sur les 2 dernieres photos), depuis trop longtemps sorti du systeme scolaire (3 ou 4 ans dans la rue, lui meme ne sait plus bien, la colle sniffee n’aidant pas...) et trop jeune, trop loin de savoir lire et ecrire pour suivre une formation. Pour lui comme pour quelques uns de Kalimati, Raju cherche a recruter une prof pour lui donner des cours fondamentaux.

Gilles, un francais vivant au Quebec, donne les cours de menuiserie en 2 groupes, debutants et avances. Il est aide par Manu, un autre benevole francais. D’ailleurs, je suis arrive le meme jour qu’une bonne nouvelle : une place en « stage » a ete trouvee pour les 2 plus avances. Bien que les debuts semblent difficiles, c’est le genre de reussite, certes precaire, qui donne espoir a tous. C’est Buwan, le nouveau prof de mecanique, qui a bien aide a trouver ce stage. Avec sa debrouillardise et ses connaissances, il n’a plus qu’a se « denepaliser » pour acquerir la rigueur necessaire au travail avec les enfants. En plus de Raju qui vit sur place (il partage sa chambre avec moi), il y a « Didi » qui fait la cuisine ainsi que Shyam et Boudda qui participent a l’encadrement a mi-temps.

            Quant a moi, j’ai besoin de temps pour trouver la bonne place pour les activites sportives et surtout pour constituer un nepali qui ressemble a quelque chose ! De plus, ce temps est necessaire pour apprendre a connaitre ces enfants et reciproquement. Je dois dire que pour ces tout premiers jours ca a l’air de bien se passer, leur gentillesse a mon egard n’ayant d’egale que leur propension a se foutre sur la gueule (le plus souvent gentiment, quelques fois un peu moins). Je m’attendais a bien pire en ce qui concerne leur comportement en general et leur attitude envers moi. Bon, c’est vrai que c’est pas evident de les canaliser mais leur joie de vivre et leur capacite a (a peu pres) vivre ensemble devraient faire envie a plus d’un foyer specialise francais.

Pour l’instant, je suis utile pour boucher les trous, au bon sens du terme. En effet, vu l’emploi du temps et surtout le peu de personnel (pas qualifie mais comment faire autrement ici ?) pour gerer les activites, la gestion du foyer, des stages, etc., les enfants ont beaucoup de temps libre. Dans le principe je trouve ca tres bien car nous europeens en faisons tant faire a nos enfants... Au moins, ils ont le temps de s’amuser et de se chamailler, et pour ca on peut dire qu’ils en profitent, surtout depuis que la tele a ete interdite avant 17h (ici on se leve avant 7h, prend le riz-lentilles vers 9h, dine le riz-lentilles vers 18h et se couche vers 21h. Rigolez pas, je suis tres bien le rythme, sauf que j’ai tendance a ajouter un dejeuner au milieu de la journee). Cependant, trop peu d’activites tuent les activites. Ainsi, avant et apres les formations, voir meme pendant quand Buwan ou/et Raju doivent s’absenter, j’ai commence a leur faire faire du volley et aujourd’hui du foot. D’ailleurs, le premier jour, vers 17h, Raju ayant du aller faire des courses, Shyam et Budda n’etant pas encore arrives, je me suis retrouve seul avec les enfants. Debordants d’energie vous disais-je, mais relativement obeissants (ah le sport ca facilite le boulot, surtout quand de temps en temps on peut prendre une grosse voie). Bon, c’etait  du grand n’importe quoi au debut mais des que j’ai donne comme consigne de faire 2 passes avant d’envoyer le ballon de l’autre cote, ils ont bien accepte et pas trop mal fait.

Hier, je leur ai fait faire des exercices 2 par 2 puis par groupes de 3 pour que leurs gestes commencent a ressembler a quelque chose et pour qu’ils s’habituent a jouer collectivement. Faut esperer que mon nepali progresse vite (ca commence petit a petit) car pour l’instant c’est chaud d’expliquer les gestes, l’interet du collectif et de reagir promptement aux debordements ! Cependant, pour le moment l’objectif est simplement de les faire se defouler et s’habituer a respecter quelques regles, du genre si a un moment tu quittes le jeu tu ne peux pas y revenir ensuite. De cette facon, j’apprends, certes lentement, a m’exprimer de maniere suffisante, a retenir les prenoms et on peut faire connaissance.

Ce matin, on a fabrique un terrain de badminton-volley ball dans la cour avec Nobin puis avec ceux du cours de mecanique quand Buwan a du aller aider Raju dans ses luttes administratives. Et apres les cours, nous sommes alles faire un foot. Ca parait simple comme ca, mais avec ces 19 enfants qui n’ont absolument pas l’habitude de faire une activite sportive un tant soit peu encadree, rien que de rejoindre le terrain a 300 m du foyer s’apparentait a une mission. « S’apparentait » car de fait, bien qu’il ait fallu prendre plusieurs fois la « grosse voix », le petit discours d’avant depart a bien fait son effet. Prevenir que si tout le monde parle tout le temps, j’interviendrai une fois mais la seconde serait synonyme de retour au foyer et interdiction de tele. Expliquer que le but est de s’amuser et que pour ca mieux vaut respecter quelques regles, comme celle d’y aller « doucement « (cf differences d’ages et capacite a se chamailler) ou celle de jouer ensemble, et que la aussi le non repect entrenerait les memes consequences. Et finalement, ils ont pratiquement tout le temps respecte ces regles et se sont tous tres bien amuses 2h durant. Ainsi, j’ai pu, en depit de mes limites linguistiques mais avec l’aide des enfants, commencer a leur prouver l’interet de respecter des regles et les autres, a leur montrer qu’ils en sont capables et a leur dire que cet interet et ces capacites sont les memes pour le travail...

Je suis encore bien loin de faire reellement de l’educatif mais j’etais heureux de les voir comme ca et content de moi. Ce sera loin de suffire, les difficultes ne manquent pas, il faut organiser mes activites avec Raju et puis au debut la nouveaute, la curiosite aident beaucoup... Le rugby, ce sera pour dans quelques semaines, une fois que je serai capable de vraiment les canaliser, qu’ils pourront reellement et durablement respecter les consignes, faire des efforts et jouer ensemble. La route est longue...

            Comme vous le voyez j’ai bon moral d’autant plus que je suis bien occupe. Les flottements ne manquent pas mais le contraire serait inquietant. Quand les choses releveront non plus du bricolage mais de l’artisanat (desole pour les « mais » de partout, mais j’arrive pas a faire autrement), je devrai pouvoir contacter les uns et les autres, donner le n de portable de Raju pour m’appeler, vous parler de ce meme Raju qui a une bonne volonte a faire palir tout un couvent et avec qui je me marre bien, de ma balade nocturne a Katmandou (cf. photos de nuit), etc. Sinon, dernier detail pour cette fois, sachez que j’ai change de prenom : ici « Bertrand » etant imprononcable (« Bertin », « Betrin » j’en passe et des meilleurs), je suis devenu « Ben ». Comme ca c’est simple et au moins ca reste dans la famille.

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